Dans « le Monde » : vos 12 fake news quotidiennes, les horoscopes !

Suite à la publication dans le Figaro d’une tribune dénonçant les fake médecines, ce 20 mars 2018, le Monde a publié une tribune de ma plume (en attente depuis des semaines et intitulée initialement Vos « 12 fake news quotidiennes : les horoscopes !« ). Le ton de cette tribune est joueur et corrosif parce qu’on m’a demandé qu’il soit comme tel. Vous pouvez la retrouver plus bas.

Mais le contenu originel de ce texte était plus sérieux, j’en reproduis le contenu juste après. L’idée maîtresse est la suivante : les horoscopes présentent bien des critères permettant de définir les fake-news, n’alimentent-ils pas à leur niveau le sentiment de défiance vis à vis des médias ? Le CSA ne devrait-il pas (re)prendre position sur la question ?

Extrait :

Critères fakenews - horoscopes

Cliquez ici pour consulter la tribune « Il faut exiger du CSA qu’il s’exprime sur le sujet des horoscopes » (si vous êtes abonné au Monde). Sinon :

Ci-dessous : la version initiale, illustrée et plus argumentée.

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Si le sondage IFOP « Enquête sur le complotisme » a fait couler beaucoup d’encre, l’item de la page 11 n’a pas été contesté. Il est même passé totalement inaperçu, au grand malheur du président d’association que je suis (l’Observatoire Zététique a comme objets de diffuser les outils de l’esprit critique et faire connaître la démarche scientifique).

6% seulement des personnes interrogées consultent leur horoscope « tous les jours » ! 11% « une fois par semaine ». Ce résultat va contre l’idée bien installée selon laquelle tout le monde lirait son horoscope (même pour en rire), ce qui en fait un véritable outil marketing. En effet, la presse écrite ne vend pas (à proprement parler) plus d’exemplaires grâce à lui mais, en tant que rubrique récurrente, il participe discrètement à la fidélisation du lectorat. Si personne n’irait s’abonner « pour son horoscope » à une revue, c’est tout de même là qu’on parle « de moi ». Autres contextes permettant de défendre l’idée d’un outil marketing :

  • En début d’année, les numéros de magazines comportant l’horoscope annuel battent des records de vente. Mais on parle, là, d’un dossier de début d’année et d’une sorte de tradition collective.
  • L’horoscope radiophonique est toujours précédé (voire entouré) d’une plage publicitaire
  • Les sites spécialisés dans l’horoscope quotidien revendiquent parfois des millions d’abonnés.

Les résultats du sondage sont-ils absurdes ? Pas forcément. D’un point de vue méthodologique, les sondés ont répondu en ligne afin d’éviter le jugement du sondeur. Mais, surtout, plusieurs reportages télévisés consacrés aux horoscopes de presse ont insisté, de janvier 2017 à janvier 2018 (listing en cliquant ici), sur un contenu jusque-là inédit et (au moins) abracadabrantesque. Un certain nombre d’horoscopes ne sont plus astrologiques ! Ils résultent en effet d’un simple tirage au sort informatique, rendant optionnel le recours aux services d’un(e) astrologue. Les mêmes énoncés sont réutilisés en blocs (au mot près ou avec de légères modifications) et les entreprises qui les produisent, comme les médias qui les diffusent, assument. Bien sûr, « ça marche » tout aussi bien ! Mais c’est un peu comme si la boutade lancée par l’astronome Laplace à Napoléon pouvait se rapporter comme suit : « Quelle est la place de l’influence astrale dans mon horoscope ? Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse ».

© Johan Van Santen :
J’ai prouvé que l’horoscope de 20min était bidon !

On connaissait déjà les témoignages mentionnant des horoscopes rédigés par des étudiants, des stagiaires, des employés d’une rédaction, ou même le cousin ou la cousine. Jean-Claude Carrière le racontait encore récemment, de façon savoureuse dans une interview pour le documentaire Les lois de l’attraction mentale.

 

 

 

 

 

 

 

On connaissait aussi l’existence de ces entreprises qui publient avec la signature d’une astrologue virtuelle (Qui écrit vraiment les horoscopes ? par Alice Coffin). Des entreprises comme Asiaflash vendent des horoscopes clé en main, sans recourir à une telle signature mais qui résultent d’un simple tirage au sort informatique. En effet, copiez / collez dans Google un bloc de texte (exemple avec la recherche « Aucune planète n’affectera directement les secteurs de santé de votre thème. Votre résistance physique devrait donc être assez bonne. » n’oubliez pas les guillemets : vous le retrouverez plusieurs fois, au mot près, dans les dix dernières années. Des expérimentations scientifiques ont enfin démontré, à différentes échelles, que des contenus astrologiques procurent la même satisfaction, qu’ils soient d’origine astrologique… ou pas.

Mais le travail de l’informaticien Johan Van Santen (voir le lien sous l’illustration ci-dessus), qui voulait démontrer à sa mère que l’horoscope de 20 minutes est bidon, a apporté la preuve factuelle de la supercherie. Un incontournable, maintenant, depuis sa révélation lors du reportage de l’œil du 20h du 2 janvier 2017 diffusé par France 2.

 

 

 

 

 

Depuis, NRJ12 (Dans les secrets des horoscopes d’un gratuit, 3 août 2017), France 5 (La quotidienne du 12 janvier 2018) ou la plateforme Youtube (Hygiène Mentale, du 17 mai 2017) ont montré à des millions de personnes à quoi peut ressembler ce bricolage horoscopique, façon IKEA.

 

 

 

Les lecteurs d’horoscopes ont-ils été bousculés dans leurs évidences par ces vidéos à répétition ?

Récemment (mais postérieurement au sondage IFOP) le président d’une association d’astrologues clamait aussi sur France 5 (La quotidienne du 12 janvier 2018) : « l’horoscope c’est de la merde » ! Si ce message n’est pas non plus nouveau, la notion de fake news (information délibérément fausse ou truquée qui vise à créer l’émotion) elle, l’est. Or, les horoscopes en remplissent les principaux critères : ils sont faux pour les scientifiques, les astrologues, les médias qui les diffusent et surtout (comble du luxe ou de l’absurde), la plupart de leurs lecteurs ! Les horoscopes sont flatteurs et presque toujours positifs, ils visent donc à provoquer l’émotion et favorisent même l’effet Barnum, ce que confirment les témoignages de ceux qui y sont accrocs.

 

Les horoscopes constituent donc littéralement des fake news par lots de douze, soit des centaines ou milliers distribuées au quotidien jusque sur les écrans des transports en commun ! Jusque-là, un peu comme monsieur Jourdain, les horoscopeurs produisaient donc de la fake news sans le savoir !

Allons au-delà de la simple analogie : depuis un an, des millions de personnes ont maintenant la preuve qu’une partie des horoscopes est produite aléatoirement. La question doit être recontextualisée en ces temps de succès des logiques complotistes. Dans quelle mesure l’horoscope qui, par ailleurs, n’est jamais présenté comme une simple plaisanterie, alimente-t-il (à son niveau) le sentiment répandu de défiance envers l’ensemble des médias, qu’ils en diffusent ou non ?

En ces temps de lutte contre les fake news (le président Macron envisage même de légiférer sur le sujet) je pense que le CSA doit (re)prendre position sur la question (même s’il n’a aucun pouvoir sur la presse écrite) de la diffusion d’un tel contenu qui, à sa manière, ne peut que nourrir un peu plus la défiance envers les médias. Et qu’on ne se méprenne pas. Il n’est pas, ici, question de tolérance (l’addiction aux horoscopes de presse n’est pas la croyance en l’astrologie), de liberté d’expression (un horoscope n’est pas une tribune mais un produit commercial) ou d’outil marketing influençant le lectorat (6% !). Maintenant, plus qu’hier, le grand public sait à quel point le stratagème est malhonnête et, ce, même si quelques naïfs rédacteurs d’horoscopes continuent de défendre leur gagne-pain sans plus jamais être confrontés à des sceptiques.

Je fais le vœu que la notoriété de l’horoscope de presse en tant qu’outil marketing soit considérée comme surfaite. Mais aussi que leur seule présence dans une publication devienne une sorte de tare éthique. Nous ne pouvons pas introduire les outils de l’esprit critique dans les programmes scolaires et, dans le même temps, laisser publier sans rien dire des bêtises si contraires à toute forme d’hygiène mentale. Et d’intelligence. Qui assurent aussi un statut social à certains horoscopeurs en chair et en os. Qui, indirectement, sont une publicité gratuite, permanente et à grande échelle pour d’autres pratiques inavouables. Qui constituent enfin une assise médiatique pour l’astrologie avec le délicieux paradoxe éthique qui s’en suit : être représentée par des peoples déconnectés du milieu astrologique !

Les protestations contre la présence des horoscopes ne sont pas nouvelles, elles non plus, mais je souhaite qu’en ces temps de fake news et autres post-vérités, elles puissent sonner différemment à nos oreilles.

Si vous avez apprécié ce texte, que diriez-vous d’en informer le CSA 😉 en remplissant par exemple ce formulaire (cliquer ici) ?
Ou de diffuser ici et là sur le net jusqu’aux grands médias susceptibles de diffuser mieux cette information ?

Serge Bret-Morel, président de l’association grenobloise Observatoire Zététique. Cette association a comme objet la diffusion des outils de l’esprit critique et de la démarche scientifique. Son originalité est de les appliquer aux croyances et autres affirmations extra-ordinaires, domaines dans lesquels l’engagement personnel interfère avec le jugement.

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