Traitement de l’information : croyance et scepticisme dans les recherches Google (+ biais de confirmation)

Le saviez-vous ?
En cherchant « horoscope » dans Google, vous ne trouverez aucun lien vers un site sceptique militant parmi les 14 premières pages de résultats !
Si vous tapez « astrologie », vous verrez que la page Wikipedia correspondante est clairement pro-astrologie, tout comme l’article éponyme du dictionnaire Larousse.
Avec « zodiaque » vous constaterez que les définitions du terme dans les différents dictionnaires, qui apparaissent en premier, sont toutes techniquement erronées.

Dans son livre La démocratie des crédules, le sociologue Gérald Bronner a déjà pointé, il y a quelques années, les dérives induites par la grande difficulté qui est la nôtre à gérer le flot des informations qui nous submergent au quotidien. L’un des exemples qu’il donne renvoie aux résultats des recherches Google avec un seul mot clé (les plus nombreuses). Cela montre rapidement à quel point, comme 99% de la population, on ne peut pas envisager un avis éclairé sur un sujet à partir des 30 premiers résultats Google. En tapant par exemple « astrologie ».

J’ai voulu vérifier si, fin janvier 2017, le constat est le même et me suis demandé par la même occasion si, en complétant une recherche Google, il est possible de la rendre très vite plus efficace. La réponse est oui.

Gérald Bronner est sociologue, zététicien et auteur de nombreux ouvrages, dont La démocratie des crédules. Dans celui-ci, il s’interroge sur la question du traitement de l’information sur internet et pose la question des raisons pour lesquelles la qualité de celle-ci n’est plus le critère premier de sa diffusion. Pourquoi avons-nous tant de mal à faire le tri ? Nombreuses sont les réponses, on ne saurait s’arrêter seulement au volume d’information absolument gigantesque produit au quotidien. Le propos de Gérald Bronner est développé par exemple dans cette vidéo de sa conférence donnée à l’IAP (Institut d’Astrophysique de Paris) dont j’ai sélectionné le passage sur lequel nous allons rebondir aujourd’hui.

Sachant que nous sommes très nombreux à utiliser le moteur de recherches Google, sachant aussi que 99% des personnes ne vont pas chercher au-delà de la troisième page de résultats (d’où la course au référencement qui biaise tous les résultats de recherche), à quelle information l’internaute indécis a-t-il accès s’il tape « astrologie » ? Pourra-t-il se faire rapidement un avis éclairé sur le sujet ? En avril 2014 (passage vidéo ci-dessus) la réponse était sans appel, l’astrologie étant aussi un commerce : sur les 30 premiers résultats, 28 étaient favorables à la croyance, 1 défavorable et 1 neutre ou non partisan. Pour le sociologue, « ces croyances s’expriment dans un silence assourdissant des rationalistes ». Ces chiffres donnés en avril 2014 ont-ils changé ?

Un individu indécis donc flexible intellectuellement, par exemple sur la question de l’astrologie, ne connait pas forcément les termes techniques qui reviennent dans les débats, sa recherche est donc presque nécessairement généraliste, ce qui se répercute dans le choix de ses mots clés, nécessairement simples la plupart du temps. « L’évidence » des 30 premiers résultats ne pourra que favoriser un avis positif (ou tolérant, bienveillant, voire relativiste) général quant à ces croyances. De plus, selon Gérald Bronner, en ne prenant en compte que les résultats qui défendent une croyance et ceux qui la combattent, 70% des sites en moyenne proposent des argumentations en faveur de la croyance. Or, dans les débats observés sur internet, les croyants développent 3 ou 4 fois plus d’arguments que les sceptiques, lesquels insistent surtout sur le manque de preuve, l’ironie ou les erreurs de raisonnement. Ceci est dû à la fois à la connaissance technique du sujet par ceux qui s’intéressent et au fait que ces croyants, toujours selon le sociologue, ne sont pas à considérer comme des personnes incapables d’argumenter, de raisonner. Bien en contraire.

En appliquant ces chiffres à des milliards de requêtes et non à celles d’un individu en particulier (qui pourra toujours choisir d’autres mots clés), cette habitude de recherche (devenue quasi universelle) via « notre ami Google » ne peut donc qu’impacter jusqu’aux acteurs du marché de l’information. Elle est même, peut-être, le meilleur fournisseur d’arguments pour les tenants d’une croyance qui ne sont pas spécialistes : pas le temps de constituer une bibliographie ou de pratiquer, besoin de répondre à un argument précis, etc.

Question : Qu’en est-il aujourd’hui, en janvier 2017 ? Confirme-t-on les chiffres avancés par Gérald Bronner en avril 2014 ? Son discours a-t-il eu un impact et, si la réponse est négative, peut-on dépasser cette fatalité googlesque ? J’ai reproduit cette recherche Google par mots clés mais en la déclinant et en l’étendant, par curiosité, aux 5 premières pages de résultats. Vous trouverez, plus bas, le détail précis des recherches avec les mots clés suivants :

  • Astrologie
  • Horoscope
  • Zodiaque
  • Astrologie zététique
  • Astrologie critiques

Pourquoi ces autres choix ? L’horoscope (de presse) est l’étendard public de l’astrologie ; la question du zodiaque est l’un des thèmes les plus récurrents tant dans le discours des astrologues que dans les débats autour de l’astrologie. De plus, toute personne visant à construire un jugement éclairé sur n’importe quelle question doit avoir accès à des avis contraires, d’autant plus sur les questions dites extraordinaires (paranormal, ésotérisme, surnaturel, etc.). Enfin, la question se pose aussi pour les tenants de telle ou telle croyance : comment peuvent-ils éviter le risque d’être prisonniers de certaines « niches cognitives » ?

Zététique et biais de confirmation

Or, la zététique est justement LE champ dédié à cette confrontation permanente des affirmations extraordinaires au scepticisme scientifique. J’aimerais poser concrètement la question de l’intérêt de recherches Google systématiquement accompagnées du terme zététique. Permettent-elles d’accéder plus vite à une information objective ? La réponse semble évidente mais nous comparerons les résultats à l’autre recherche « astrologie critiques » pour conforter ou non cette intuition.
Les zététiciens savent-ils mieux que les professionnels concernés ce que valent leur croyance ou leurs pratiques ? Comment peser la valeur d’une affirmation extraordinaire justifiée souvent par une longue initiation ? Les professionnels n’ont pas toujours connaissance des limites de leur art et, notamment, de la question des « faux positifs » : un succès peut-il être dû à des circonstances extérieures ? Ces spécialistes d’une discipline mystérieuse étant aussi, par définition, des personnes qui y adhèrent au point d’être engagés personnellement, « le discours des spécialistes » ne peut et ne doit pas être un critère ultime pour se faire un avis (biais de sélection, argument d’autorité) sur une connaissance alternative, voire marginale.

C’est malheureusement une erreur commune et l’origine de ce que l’on appelle un biais de confirmation : le traitement de l’information n’est pas simple. Le discours des astrologues, par exemple, peut certes donner le sentiment qu’eux seuls savent de quoi ils parlent, mais c’est aussi transformer (sans s’en rendre compte) la question initiale « que dois-je penser de l’astrologie ? » en « que pensent les personnes qui croient fermement en l’astrologie ? », ce qui est bien dommage. En effet, que vous soyez tenant d’une croyance ou pas, choisissez n’importe quelle croyance que vous rejetez et posez-vous la question suivante. Si vous aviez à effectuer une recherche Google sur le sujet, vous contenteriez-vous des arguments positifs des spécialistes concernés ou bien souhaiteriez-vous avoir aussi des avis contraire ? Pour construire un jugement éclairé sur une question nouvelle, pour aborder une question sans a priori, on ne peut pas se contenter de l’avis de personnes qui « connaissent » un sujet controversé (les spécialistes) parce qu’ils le pratiquent / vivent au quotidien. En effet, les sceptiques connaissent / maitrisent souvent bien mieux que les tenants la question de l’erreur dans leurs propres disciplines, notamment parce qu’ils cherchent systématiquement si des chercheurs professionnels ont déjà testé rigoureusement certaines allégations. Ce type d’information n’est-il pas fondamental ?

Si l’on préfère, le biais de confirmation résulte d’une maladresse qui consiste sans le savoir à (presque) toujours sélectionner un environnement propice (car familier) à la confirmation de tel ou tel point de vue puis à être surpris du résultat : dans le cadre d’un environnement favorable, le retour confirme notre point de vue initial ! Or, la réalité est complexe, donc piégeuse, personne (sceptique compris, mais il en est conscient) ne connait chacune des innombrables erreurs élémentaires qui vont former, une fois répétées, un biais de confirmation. Pour en savoir plus sur le biais de confirmation. Un exemple pour les personnes qui ne sont pas familières d’internet : les résultats des recherches Google n’apparaissent pas au hasard ou parce qu’ils sont les plus consultés. Il y a une lutte invisible entre les sites internet autour de ce que l’on appelle le référencement : il y a de nombreux moyens pour faire en sorte qu’une page apparaisse en tête de liste ou, au moins, dans les premières pages de résultats. Considérer que les résultats Google apparaissent par ordre de pertinence, de validité ou d’importance est une condition suffisante pour être bientôt victime d’un biais de confirmation…

Un autre exemple, cette fois astrologique ? Le praticien s’étonne toujours que, a posteriori, il y ait toujours une ou des configurations qui permettent de rendre compte d’un événement connu. A chaque fois, cela le confirme même dans l’idée que l’astrologie, « ça marche ». Or, jamais il ne prend le temps, avant de monter sa carte astrologique, de faire la liste des (nombreuses) configurations astrologiques qui pourraient correspondre au contenu symbolique de l’événement concerné. Si tel était le cas, entre les angles (aspects), les positions en signes ou maisons astrologiques ET les classements astrologiques alternatifs, alors il prendrait la mesure (comme un sceptique) de la question du hasard / de l’erreur. Si un grand nombre de configurations astrologiques peuvent, avant même de monter la carte, rendre compte de l’événement connu, peut-on s’étonner de ce qui va nécessairement s’en suivre ? L’interprétation astrologique sera non seulement possible mais riche. Oui, mais ce sera juste « normal » car attendu techniquement. Mieux, il deviendra possible de prévoir la probabilité de l’interprétation astrologique dans ce cas précis.
Il y a quelques années, j’avais eu envie de proposer l’idée à des créateurs de logiciels d’astrologie : intégrer une fonctionnalité qui permettrait de demander à l’astrologue une liste de configurations astrologiques et, au fur et à mesure qu’il les intègre, le calcul automatique de la probabilité de trouver une ou deux ou plus de ces configurations à n’importe quel moment. C’est à dire par hasard. Un jour peut-être… Mais je pense que cela révolutionnerait la pratique de l’astrologie dans le sens où l’astrologue prendrait conscience / la mesure de la dangerosité de la complexité de son système. Aujourd’hui, il la considère seulement comme une richesse (c’est le « seulement » qui me gêne ici, pas la richesse).

Les résultats des recherches Google

Fermons la parenthèse et revenons à nos recherches Google : voici les premiers résultats classés page par page en favorables (à l’astrologie), défavorables et neutres / non partisans (les détails sont à consulter en fin d’article).

  • Astrologie : 51 résultats favorables (à l’astrologie), 4 défavorables, 4 neutres / non partisans.
    • Détail page par page (résultats favorables en premiers)
      • 11-0-0
      • 11-1-0
      • 10-0-2
      • 10-1-1
      • 9-2-1
  • Horoscope : 59 résultats favorables (à l’astrologie), 1 défavorable, 0 neutre / non partisan
    • Détail page par page (résultats favorables en premiers)
      • 11-0-0
      • 12-0-0
      • 12-1-0
      • 12-0-0
      • 12-0-0
  • Zodiaque : 26 résultats favorables (à l’astrologie), 22 neutres / non partisans, 1 défavorable
    • Détail page par page (résultats favorables en premiers)
      • 7-0-2
      • 4-1-5
      • 7-0-3
      • 4-0-6
      • 4-0-6
  • Astrologie zététique : 38 résultats défavorables (à l’astrologie), 10 neutres / non partisans, 3 favorables
    • Détail page par page (résultats favorables en premiers)
      • 0-8-2
      • 1-9-1
      • 0-8-2
      • 2-4-4
      • 0-9-1
  • Astrologie critiques : 18 résultats défavorables (à l’astrologie), 17 favorables, 15 neutres / non partisans
    • Détail page par page (résultats favorables en premiers)
      •  2-5-3
      •  2-5-3
      • 6-2-2
      •  7-2-1
      • 0-4-6

(recherches Google effectuées entre les 22 et 26 janvier 2017)

Interprétations des résultats

Vous pouvez consulter plus bas les résultats détaillés des recherches ci-dessus ainsi que les interprétations que j’en ai faites, je les recopie. Vous avez donc le choix entre en prendre connaissance tout de suite et aller les consulter (elles sont identiques) au sein des résultats détaillés.

Recherche Google « astrologie » : 51 résultats favorables (à l’astrologie), 4 défavorables, 4 neutres / non partisans.

Premier constat : sur les trois premières pages de résultats, 33 sont favorables à l’astrologie, 1 est clairement sceptique, 1 autre est neutre. Les silence des rationalistes sur ces premiers résultats est malheureusement confirmé. Mais les deux pages suivantes enfoncent encore le clou.
Second constat (annexe) : La page Wikipedia est largement pro-astrologie ! Bien que l’avis négatif des scientifiques soit mentionné, la section Astronomie et astrologie ne comporte que 5 lignes ! De plus, la partie Controverse relativise systématiquement la portée des critiques sans jamais faire référence à la question, pourtant fondamentale, des biais cognitifs. En fait, aucun des arguments scientifiques ou même zététiques n’est décrit dans le détail. On est dans le cadre d’un bel homme de paille. Remarque : mon travail actuel n’est même pas mentionné, seul l’est encore un vieux dossier (2007) sur le déclassement de Pluton.
Troisième constat : la page du dictionnaire Larousse est tout simplement erronée en laissant croire que l’astrologie serait une étude de corrélations entre le ciel et les événements. En effet, la plupart des astrologues ne connaissent pas les implications du terme « corrélation », notamment que bien des corrélations sont dues au simple hasard : il n’y a pas toujours besoin d’un lien entre la cause supposée et l’effet supposé. De plus, ce sont les sceptiques qui travaillent justement sur les corrélations prétendues par les astrologues !

La recherche « horoscope » va-t-elle confirmer elle aussi les propos de Gérald Bronner ?

Recherche Google « horoscope » : 59 résultats favorables (à l’astrologie), 1 défavorable, 0 neutre / non partisan

Premier constat : sans trop de surprise, les résultats de la recherche avec horoscope en mot clé renvoient, bien plus encore que la recherche avec astrologie, quasi intégralement à des applications horoscopiques. Il faut aller jusqu’à la treizième page (ça ne s’invente pas…) pour trouver un premier résultat sceptique : un article de la mouvance chrétienne relatant les propos du pape François !
Deuxième constat : alors que les horoscopes sont la partie la plus visible de l’iceberg astrologie, les contenus sceptiques « militants » sont même totalement absents des 5 premières pages de résultats Google ! Premier comble de la situation : le seul lien « sceptique » (puisqu’il tourne cette pratique en ridicule) renvoie vers l’horoscope parodique du Gorafi… Deuxième comble de la situation : le premier article sceptique propose de remplacer l’attrait de l’horoscope par la présence de Jésus… mais troisième comble de la situation : Google ne me propose « que » 14 pages de résultats et il n’y aura finalement aucun contenu sceptique dans celles-ci !

Lançons maintenant une recherche Google avec un mot clé plus technique : zodiaque.

Recherche Google « zodiaque » : 26 résultats favorables (à l’astrologie), 22 neutres / non partisans, 1 défavorable

Premier constat : moins d’annonces commerciales pour le mot-clé « zodiaque », au 25 janvier 2017 ce mot n’est pas retenus parmi les Google adwords choisis par les astrologues. De plus, si les résultats sceptiques restent à peu près absents, les résultats neutres prennent parfois le dessus sur les résultats favorables à l’astrologie, notamment à partir de la quatrième page de résultats.
Second constat : la définition du Wiktionnaire est techniquement erronée puisque les 12 constellations homonymes des signes astrologiques ne sont pas « incluses » dans la bande du zodiaque (comme le montre cette illustration élémentaire des signes astrologiques projetés sur les constellations). Pire : cela n’a jamais été le cas au-delà d’un raccourci de langage ou d’une mauvaise vulgarisation. Le Scorpion, par exemple, est bien trop large mais aussi bien plus ancien que le zodiaque (des signes ou des constellations). Est-ce étonnant alors qu’il a été conçu plus de 2000 avant, donc indépendamment, de la question de la ligne écliptique ? Idem pour le Verseau et le Sagittaire, d’ailleurs. Ces remarques relèvent de la cosmographie, c’est à dire de l’ancienne astronomie, très pragmatique, quand le ciel n’avait pas la profondeur qu’on lui connait aujourd’hui. Il faut bien constater encore une fois que les débats astrologie / astronomie sont bien mal fondés sur le plan technique dès qu’on sort des livres des astronomes. C’est ma thèse depuis toujours.
Troisième constat : après la page astrologie du dictionnaire Larousse, la page zodiaque est elle aussi erronée. En effet, les deux « définitions » renvoient pour l’une aux ~8° de largeur du zodiaque, lesquels définissent la largeur des signes astrologiques autour de la ligne écliptique Or, l’autre définition renvoie justement… aux signes astrologiques ! Pour le connaisseur, ces définitions sont soit identiques, soit erronées. Pour quelles raisons ? Les « largeurs » des constellations autour de la ligne écliptique sont aussi variables que leurs étendues le long de celle-ci : la première définition ne peut pas renvoyer aux constellations. De plus, si la seconde renvoie à la dimension symbolique de l’astrologie, alors ce n’est plus « aux signes astrologiques » (des cases géométriques de 8,5° de large) mais aux 12 symbolismes astrologiques. Les signes astrologiques sont des repérages à la base astronomiques sur lesquels sont portés un ensemble d’interprétations astrologiques selon les positions (en général approximatives) des facteurs dans ces cases. Mais l’interprétation astrologique n’est pas de l’astronomie.
Quatrième constat : La page du CNRTL réussit l’exploit de cumuler les définitions erronées ! Peut-être même le Wiktionnaire se réfère-t-il à cette page pour s’assurer de ses sources !?
Cinquième constat : La page de l’encyclopédie Universalis ne mentionne même pas la possibilité d’un zodiaque des constellations et on apprend qu’il y aurait des ères astrologiques ! Cette idée n’est pourtant défendue vraiment que par des astrologues, mais l’article astrologie de cette encyclopédie a été confiée à l’astrologue Jacques Halbronn, faut-il donc nous étonner du contenu de l’article « zodiaque » ?
Sixième constat : aucune page n’est consacrée aux débats portant sur l’astrologie ou même la question du zodiaque. L’avis éclairé sur la question n’est donc pas favorisé non plus par cette recherche Google…
Septième constat : si les pages sceptiques continuent d’être absentes, les pages pro-astrologie sont assez souvent minoritaires devant les renvois vers les liens culturels / traitant de l’actualité (le tueur du zodiaque), dont les produits du cinéma et de la télévision.

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Mais maintenant que nous avons confirmé les propos du sociologue Gérald Bronner, regardons dans quelle mesure il est possible de contourner cette fatalité googlesque. Afin d’assurer un jugement un minimum éclairé, suffit-il (comme je le fais personnellement) d’accompagner toutes les recherches par le terme « zététique » ? Ou même le terme « critiques » ?

Recherche Google « astrologie zététique » : 38 résultats défavorables (à l’astrologie), 10 neutres / non partisans, 3 favorables

Premier constat : on pourrait ne pas s’étonner que les pages pro-astrologie disparaissent quasiment des résultats au profit de résultats sceptiques, mais ce serait faire comme si la recherche n’avait été faite qu’avec le seul mot-clé « zététique » ! Ce n’est pas le cas. On peut conclure aussi que les astrologues emploient très peu le terme zététique dans leurs articles publiés sur le net, ce qui me confirme dans mon analyse : l’approche zététique de l’astrologie est très peu étudiée / discutée / diffusée dans le monde astrologique. C’est ce que j’avais déjà pu observer entre 2003 et 2010 quand j’étais encore engagé dans le milieu astrologique (avant que je passe du côté sceptique).
Deuxième constat : l’intérêt de cette recherche cumulant astrologie et zététique permet d’avoir accès de suite à des avis critiques sur l’astrologie. Mais en fait sur tous les sujets dès lors qu’ils ont été traités par un ou des zététiciens.
Troisième constat : l’internaute indécis qui ne souhaite pas perdre les avis positifs sur l’astrologie peut très bien prévoir deux recherches : la première sans le terme zététique, la seconde avec. Pour gagner du temps, je lui conseille de faire le contraire !
Quatrième constat : un nombre certain de résultats renvoient à la zététique en général et non à l’analyse critique de l’astrologie en particulier. Remarque : c’est pourquoi j’ai préféré les classer comme neutres.

Recherche Google « astrologie critiques » : 18 résultats défavorables (à l’astrologie), 17 favorables, 15 neutres / non partisans

Premier constat : contrairement aux chiffres précédents, franchement favorables ou défavorables à l’astrologie (en nombre de résultats) selon la recherche effectuée (jusqu’aux quatrième et cinquième pages de résultats), les pages favorables / défavorables à l’astrologie sont ici presque en nombres égaux à partir de la troisième page. Que doit-on en conclure ? La recherche ajoutant le terme « critiques » est-elle plus équitable que celle ajoutant le terme zététique ? Non si on revient aux chiffres de Gérald Bronner (datant de 2014) : seulement 1% des internautes va au-delà de la troisième page de résultats, on ne peut l’oublier.
Second constat : cette recherche propose pas moins de 5 résultats renvoyant à la critique de la critique sceptique, contre un seul avec le terme zététique. Cette recherche permet tout de même d’avoir à la fois accès à des critiques de l’astrologie et à des réponses par les astrologues. Enfin, quand celles-ci ne sont pas seulement des protestations.
Troisième constat : plus surprenant (on n’y pense pas forcément) l’ajout du terme « critiques » fait ressortir (mais à partir de la quatrième page) certaines des critiques que les astrologues s’adressent entre eux. C’est une autre composante, moins connue alors que très présente dans le milieu astrologique, de l’analyse critique de l’astrologie.

Conclusions

Nous arrivons à la fin de ce dossier où on a pu constater que, comme on le craignait, les recherches Google à terme unique sur astrologie, horoscope et zodiaque ne permettent pas d’obtenir les ressources qui seraient nécessaires pour construire rapidement un jugement éclairé. Pas parce que j’aurais un parti pris sur la question mais parce que les avis défavorables sont inexistants (horoscope) ou quasi-inexistants.

Avec « astrologie », la même recherche conjointe à « zététique » permet aujourd’hui (qu’en sera-t-il plus tard ?) d’avoir accès, au contraire, à des avis défavorables à l’astrologie. Cette recherche ne peut donc être considérée comme valable si, comme moi, vous avez un avis préconçu et négatif sur la question. Mais pas seulement.
En effet, la zététique n’est pas le club des anti-astrologie, elle n’est pas non plus un courant de pensée ou un mouvement social (pas encore en tout cas !). La zététique est une méthode qui permet de mettre en place les meilleures conditions pour se faire un avis sur une question qui dépasse celui des opinions pour / contre n’importe quel sujet. Se référant à la méthode scientifique et intégrant les questions (non intuitives) du hasard, des biais et des erreurs, elle accentue l’importance de la preuve, c’est à dire d’un critère qui va au-delà des expériences personnelles, donc des témoignages de chacun, aussi nombreux soient-ils. En cela, les analyses zététiques ont l’avantage d’être beaucoup moins subjectives que les analyses des tenants, ce qui n’est pas une lapalissade, justement, quand on est du côté des tenants.
Car la zététique vise moins à convertir les esprits (dans quel but ???) qu’à les rendre autonomes, capables de formuler des analyses critiques par eux-mêmes. Libre à eux, ensuite, de conserver une croyance ou la rejeter. Rien n’interdit non plus à des zététiciens de critiquer la zététique, ce que l’on observe bien rarement car, étant une méthode, on critiquera les applications de la zététique et leurs conséquences. Or, les zététiciens sont sensibilisés aux nuisances des applications extrêmes de la pensée critique : nous insistons sur la question du respect de chacun. La zététique ne doit pas devenir un instrument au service de ses propres rancoeurs, au risque d’être alors aveuglé et soumis au biais de confirmation ou à l’attention sélective, au même titre finalement que les personnes ou les croyances critiquées.

C’est pourquoi, personnellement, je n’hésite pas (et vous encourage même à l’avenir) à joindre le terme zététique à vos recherches sur des affirmations bizarres, mystérieuses, voire extraordinaires. Au moins aurez-vous accès de suite à des analyses pointant les faiblesses de telle ou telle affirmation. Au-delà d’orienter votre regard, cela vous permettra aussi de faire le tri plus rapidement si, dans un second temps, vous lancez une recherche sans « zététique » pour avoir accès à des arguments favorables. Vous serez alors surpris du résultat…

J’ai d’ailleurs fait l’expérience rapidement avec une recherche Google avec mots clés « horoscope zététique » et le résultat est sans appel : aucun avis favorable en faveur des horoscopes sur les 60 premiers résultats (26 janvier 2017). Par contre, de nombreuses explications désacralisées des « succès » des horoscopes qui permettront, lors d’une seconde recherche, de décrypter autrement les arguments favorables aux horoscopes. Et de constater notamment, comment leurs défenseurs tombent dans les pièges les plus évidents.

Serge Bret-Morel, le 26 janvier 2017


Résultats détaillés et interprétations

Les 50 premiers résultats de la recherche avec mot clé « astrologie«  (le 22 janvier 2017) :

Pages pro-astrologie (applications ou services astrologiques + articles pro), pages sceptiques, débats (arguments pour et contre), pages informatives (dictionnaires)

Détails (sur les 5 premières pages) :

  • Première page (11 résultats) : 11-0-0
    • 0 résultat sceptique, 1 résultat « à la une » pro-astrologie, 1 page Wikipedia « astrologie » (plutôt pro), 8 sites internet pro-astrologie (applications ou services astrologiques, articles), 1 annonce commerciale (Google adwords ?) donc pro-astrologie.
  • Seconde page (12 résultats) : 11-1-0
    • 1 résultat sceptique, 9 sites internet pro-astrologie (applications ou services astrologiques, articles), 2 annonces commerciales (Google adwords ?) donc pro-astrologie.
  • Troisième page (12 résultats) : 10-0-2
    • 0 résultat sceptique, la page « astrologie » du CNRTL (centre national de ressources textuelles et lexicales), la page astrologie du Wiktionnaire, 8 sites internet pro-astrologie (applications ou services astrologiques, articles), 2 annonces commerciales (Google adwords ?) donc pro-astrologie.
  • Quatrième page (12 résultats) : 10-1-1
    • 1 résultat sceptique, la page « astrologie » du dictionnaire Larousse plutôt pro astrologie, un dossier présentant les arguments d’intervenants pour et contre l’astrologie, 7 sites internet pro-astrologie (applications ou services astrologiques, articles), 2 annonces commerciales (Google adwords ?) donc pro-astrologie.
  • Cinquième page (12 résultats) : 9-2-1
    • 2 résultats sceptiques, 1 page complotiste compilant systématiquement des articles pro et sceptiques sur le thème « astrologie », 7 sites internet pro-astrologie (applications ou services astrologiques, articles), 2 annonces commerciales (Google adwords ?) donc pro-astrologie.

51 résultats favorables (à l’astrologie), 4 défavorables, 4 neutres / non partisans.

Premier constat : sur les trois premières pages de résultats, 33 sont favorables à l’astrologie, 1 est clairement sceptique, 1 autre est neutre. Les silence des rationalistes sur ces premiers résultats est malheureusement confirmé. Mais les deux pages suivantes enfoncent encore le clou.
Second constat (annexe) : La page Wikipedia est largement pro-astrologie ! Bien que l’avis négatif des scientifiques soit mentionné, la section Astronomie et astrologie ne comporte que 5 lignes ! De plus, la partie Controverse relativise systématiquement la portée des critiques sans jamais faire référence à la question, pourtant fondamentale, des biais cognitifs. En fait, aucun des arguments scientifiques ou même zététiques n’est décrit dans le détail. On est dans le cadre d’un bel homme de paille. Remarque : mon travail actuel n’est même pas mentionné, seul l’est encore un vieux dossier (2007) sur le déclassement de Pluton.
Troisième constat : la page du dictionnaire Larousse est tout simplement erronée en laissant croire que l’astrologie serait une étude de corrélations entre le ciel et les événements. En effet, la plupart des astrologues ne connaissent pas les implications du terme « corrélation », notamment que bien des corrélations sont dues au simple hasard : il n’y a pas toujours besoin d’un lien entre la cause supposée et l’effet supposé. De plus, ce sont les sceptiques qui travaillent justement sur les corrélations prétendues par les astrologues !

La recherche « horoscope » va-t-elle confirmer elle aussi les propos de Gérald Bronner ?

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Les 50 premiers résultats de la recherche avec mot clé « horoscope » (le 22 janvier 2017) :

Détails des résultats (sur les 5 premières pages) :

  • Première page (11 résultats) : 11-0-0
    • 0 résultat sceptique, 10 horoscopes (pro-astrologie), 1 annonce commerciale (Google adwords ?) pro-astrologie.
  • Seconde page (11 résultats) : 12-0-0
    • 0 résultat sceptique, 10 horoscopes (pro-astrologie), 2 annonces commerciales (Google adwords ?) pro-astrologie.
  • Troisième page (12 résultats) : 12-1-0
    • 0 résultat sceptique, 1 horoscope parodique donc sceptique, 10 horoscopes (pro-astrologie), 2 annonces commerciales (Google adwords ?) pro-astrologie.
  • Quatrième page (12 résultats) : 12-0-0
    • 0 résultat sceptique, 10 horoscopes (pro-astrologie), 2 annonces commerciales (Google adwords ?) donc pro-astrologie.
  • Cinquième page (12 résultats) : 12-0-0
    • 0 résultat sceptique, 10 horoscopes (pro-astrologie), 2 annonces commerciales (Google adwords ?) pro-astrologie.

59 résultats favorables (à l’astrologie), 1 défavorable, 0 neutre / non partisan

Premier constat : sans trop de surprise, les résultats de la recherche avec horoscope en mot clé renvoient, bien plus encore que la recherche avec astrologie, quasi intégralement à des applications horoscopiques. Il faut aller jusqu’à la treizième page (ça ne s’invente pas…) pour trouver un premier résultat sceptique : un article de la mouvance chrétienne relatant les propos du pape François !
Deuxième constat : alors que les horoscopes sont la partie la plus visible de l’iceberg astrologie, les contenus sceptiques « militants » sont même totalement absents des 5 premières pages de résultats Google ! Premier comble de la situation : le seul lien « sceptique » (puisqu’il tourne cette pratique en ridicule) renvoie vers l’horoscope parodique du Gorafi… Deuxième comble de la situation : le premier article sceptique propose de remplacer l’attrait de l’horoscope par la présence de Jésus… mais troisième comble de la situation : Google ne me propose « que » 14 pages de résultats et il n’y aura finalement aucun contenu sceptique dans celles-ci !

Lançons maintenant une recherche Google avec un mot clé plus technique : zodiaque.

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Les 50 premiers résultats de la recherche avec mot clé « zodiaque«  (le 24 janvier 2017) :

Détails des résultats (sur les 5 premières pages) :

  • Première page (9 résultats) : 7-0-2
    • 0 résultat sceptique, 2 pages Wikipedia, 7 sites internet pro-astrologie (applications ou services astrologiques, articles), 0 annonce commerciale.
  • Seconde page (10 résultats) : 4-1-5
    • 1 résultat sceptique, 1 page « zodiaque » du Wiktionnaire, 1 page « zodiaque » du CNRTL (centre national de ressources textuelles et lexicales), 1 page « zodiaque » du dictionnaire Larousse, 3 sites internet pro-astrologie (applications ou services astrologiques, articles), 1 page indépendante de l’astrologie (1 bande dessinée policière), 1 page commerciale pour des visuels plutôt pro-astrologie.
  • Troisième page (10 résultats) : 7-0-3
    • 0 résultat sceptique, 1 page culturelle (musée du Louvre), 1 page commerciale (pour un roman dont la description commet au passage l’erreur de concevoir une constellation comme une zone de l’univers et non comme une simple figure imaginaire), 1 article indépendant de l’astrologie (consacré au tueur du zodiaque), 7 sites internet pro-astrologie (applications ou services astrologiques, articles) dont… une page trouvée sur le site internet du collège de Cransac (!).
  • Quatrième page (10 résultats) : 4-0-6
    • 0 résultat sceptique, 1 page « zodiaque » de l’encyclopédie Universalis (où figurent erreurs et surprises), 5 pages indépendantes de l’astrologie (1 pour le tueur du zodiaque, 2 pour la série TV Zodiaque, 2 pages commerciales (1 pour le roman décrit plus haut, 1 pour des posters)), 4 sites internet pro-astrologie.
  • Cinquième page (10 résultats) : 4-0-6
    • 0 résultat sceptique, 1 article (de Marie-Claire) difficile à classer, 4 sites internet pro-astrologie (applications ou services astrologiques, articles), 5 pages commerciales (1 pour de la faïencerie, 1 pour apprendre l’allemand facilement (!), 1 pour une édition consacrée à l’art médiéval, 1 pour un jeu pour enfants (!!), 1 restaurant).

26 résultats favorables (à l’astrologie), 22 neutres / non partisans, 1 défavorable

Premier constat : moins d’annonces commerciales pour le mot-clé « zodiaque », au 25 janvier 2017 ce mot n’est pas retenus parmi les Google adwords choisis par les astrologues. De plus, si les résultats sceptiques restent à peu près absents, les résultats neutres prennent parfois le dessus sur les résultats favorables à l’astrologie, notamment à partir de la quatrième page de résultats.
Second constat : la définition du Wiktionnaire est techniquement erronée puisque les 12 constellations homonymes des signes astrologiques ne sont pas « incluses » dans la bande du zodiaque (comme le montre cette illustration élémentaire des signes astrologiques projetés sur les constellations). Pire : cela n’a jamais été le cas au-delà d’un raccourci de langage ou d’une mauvaise vulgarisation. Le Scorpion, par exemple, est bien trop large mais aussi bien plus ancien que le zodiaque (des signes ou des constellations). Est-ce étonnant alors qu’il a été conçu plus de 2000 avant, donc indépendamment, de la question de la ligne écliptique ? Idem pour le Verseau et le Sagittaire, d’ailleurs. Ces remarques relèvent de la cosmographie, c’est à dire de l’ancienne astronomie, très pragmatique, quand le ciel n’avait pas la profondeur qu’on lui connait aujourd’hui. Il faut bien constater encore une fois que les débats astrologie / astronomie sont bien mal fondés sur le plan technique dès qu’on sort des livres des astronomes. C’est ma thèse depuis toujours.
Troisième constat : après la page astrologie du dictionnaire Larousse, la page zodiaque est elle aussi erronée. En effet, les deux « définitions » renvoient pour l’une aux ~8° de largeur du zodiaque, lesquels définissent la largeur des signes astrologiques autour de la ligne écliptique Or, l’autre définition renvoie justement… aux signes astrologiques ! Pour le connaisseur, ces définitions sont soit identiques, soit erronées. Pour quelles raisons ? Les « largeurs » des constellations autour de la ligne écliptique sont aussi variables que leurs étendues le long de celle-ci : la première définition ne peut pas renvoyer aux constellations. De plus, si la seconde renvoie à la dimension symbolique de l’astrologie, alors ce n’est plus « aux signes astrologiques » (des cases géométriques de 8,5° de large) mais aux 12 symbolismes astrologiques. Les signes astrologiques sont des repérages à la base astronomiques sur lesquels sont portés un ensemble d’interprétations astrologiques selon les positions (en général approximatives) des facteurs dans ces cases. Mais l’interprétation astrologique n’est pas de l’astronomie.
Quatrième constat : La page du CNRTL réussit l’exploit de cumuler les définitions erronées ! Peut-être même le Wiktionnaire se réfère-t-il à cette page pour s’assurer de ses sources !?
Cinquième constat : La page de l’encyclopédie Universalis ne mentionne même pas la possibilité d’un zodiaque des constellations et on apprend qu’il y aurait des ères astrologiques ! Cette idée n’est pourtant défendue vraiment que par des astrologues, mais l’article astrologie de cette encyclopédie a été confiée à l’astrologue Jacques Halbronn, faut-il donc nous étonner du contenu de l’article « zodiaque » ?
Sixième constat : aucune page n’est consacrée aux débats portant sur l’astrologie ou même la question du zodiaque. L’avis éclairé sur la question n’est donc pas favorisé non plus par cette recherche Google…
Septième constat : si les pages sceptiques continuent d’être absentes, les pages pro-astrologie sont assez souvent minoritaires devant les renvois vers les liens culturels / traitant de l’actualité (le tueur du zodiaque), dont les produits du cinéma et de la télévision.

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Mais maintenant que nous avons confirmé les propos du sociologue Gérald Bronner, regardons dans quelle mesure il est possible de contourner cette fatalité googlesque. Afin d’assurer un jugement un minimum éclairé, suffit-il (comme je le fais personnellement) d’accompagner toutes les recherches par le terme « zététique » ? Ou même le terme « critiques » ?

Les 50 premiers résultats de la recherche avec mots clés « astrologie zététique » (le 24 janvier 2017) :

Détails des résultats (sur les 5 premières pages) :

  • Première page (10 résultats) : 0-8-2
    • 0 résultat pro-astrologie (!), 8 résultats sceptiques portant sur la critique de l’astrologie, 1 page « zététique » de Wikipedia, 1 critique de la zététique appliquée à l’astrologie dans un article… de ma plume (mais ma critique de la critique ne se voulait pas être une défense de l’astrologie), 0 annonce commerciale type Google adwords.
  • Seconde page (11 résultats) : 1-9-1
    • 1 critique de la critique mais pro-astrologie, 6 résultats sceptiques portant sur la critique de l’astrologie (dont ce site internet), 1 page LinkedIn (la mienne… désolé !), 3 pages commerciales (livres portant sur la critique de l’astrologie, dont le mien…), 0 annonce commerciale type Google adwords.
  • Troisième page (10 résultats) : 0-8-2
    • 0 résultats pro-astrologie, 1 page indépendante de l’astrologie (naturopathie et zététique), 1 page commerciale (livre sur la critique de l’astrologie), 1 page de ressources zététiques en général, 7 résultats sceptiques portant sur la critique de l’astrologie, 0 annonce commerciale type Google adwords.
  • Quatrième page (10 résultats) : 2-4-4
    • 2 pages commerciales (1 livre pro-astrologie, 1 livre pro-ésotérisme) pro-astrologie, 2 pages commerciales (2 livres sur la critique de l’astrologie) sceptiques, 4 pages présentant des ressources zététiques (ateliers / cours de zététique, bibliographie, communauté sceptique, conférences zététiques dont celle que j’ai donnée pour le CZLR en oct 2014), 2 résultats sceptiques portant sur la critique de l’astrologie, 0 annonce commerciale type Google adwords.
  • Cinquième page (10 résultats) : 0-9-1
    • 1 page de ressources bibliographiques de zététique en général, 4 résultats sceptiques portant sur la critique de l’astrologie, 5 pages commerciales (4 livres sur la critique de l’astrologie ou la zététique générale, 1 sur un autre sujet), 0 annonce commerciale type Google adwords.

38 résultats défavorables (à l’astrologie), 10 neutres / non partisans, 3 favorables

Premier constat : on pourrait ne pas s’étonner que les pages pro-astrologie disparaissent quasiment des résultats au profit de résultats sceptiques, mais ce serait faire comme si la recherche n’avait été faite qu’avec le seul mot-clé « zététique » ! Ce n’est pas le cas. On peut conclure aussi que les astrologues emploient très peu le terme zététique dans leurs articles publiés sur le net, ce qui me confirme dans mon analyse : l’approche zététique de l’astrologie est très peu étudiée / discutée / diffusée dans le monde astrologique. C’est ce que j’avais déjà pu observer entre 2003 et 2010 quand j’étais encore engagé dans le milieu astrologique (avant que je passe du côté sceptique).
Deuxième constat : l’intérêt de cette recherche cumulant astrologie et zététique permet d’avoir accès de suite à des avis critiques sur l’astrologie. Mais en fait sur tous les sujets dès lors qu’ils ont été traités par un ou des zététiciens.
Troisième constat : l’internaute indécis qui ne souhaite pas perdre les avis positifs sur l’astrologie peut très bien prévoir deux recherches : la première sans le terme zététique, la seconde avec. Pour gagner du temps, je lui conseille de faire le contraire !
Quatrième constat : un nombre certain de résultats renvoient à la zététique en général et non à l’analyse critique de l’astrologie en particulier. Remarque : c’est pourquoi j’ai préféré les classer comme neutres.

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Les 50 premiers résultats de la recherche avec mots clés « astrologie critiques » (le 25 janvier 2017) :

Détails des résultats (sur les 5 premières pages) :

  • Première page (10 résultats) : 2-5-3
    • 2 résultats pro-astrologie (1 critique de la critique sceptique, 1 cours d’astrologie), 5 résultats sceptiques portant sur la critique de l’astrologie, 3 résultats renvoyant vers mon analyse critique de la critique d’il y a quelques années dont un débat, 0 annonce commerciale type Google adwords.
  • Seconde page (10 résultats) : 2-5-3
    • 2 pages pro-astrologie, 2 résultats sceptiques portant sur la critique de l’astrologie, 2 pages « astrologie » et « critique scientifique de l’astrologie » (discussions) de Wikipedia, 3 pages commerciales (3 livres dont 2 traitant de, ou évoquant, la critique de l’astrologie), 1 compte-rendu historique, 0 annonce commerciale type Google adwords.
  • Troisième page (10 résultats) : 6-2-2
    • 2 résultats pro-astrologie (critiques de la critique sceptique), 2 résultats sceptiques portant sur la critique de l’astrologie (dont ce site internet), 4 pages commerciales (livres pro-astrologie), 2 résultats (un neutre, un indépendant), 0 annonce commerciale type Google adwords.
  • Quatrième page (10 résultats) : 7-2-1
    • 7 pages pro-astrologie (dont deux critiques entre astrologues), 2 pages sceptiques portant sur la critique de l’astrologie, 1 page commerciale (1 traité historiques), 0 annonce commerciale type Google adwords.
  • Cinquième page (10 résultats) : 0-4-6
    • 4 résultats sceptiques portant sur la critique de l’astrologie, 6 résultats neutres, o annonce commerciale type Google adwords

18 résultats défavorables (à l’astrologie), 17 favorables, 15 neutres / non partisans

Premier constat : contrairement aux chiffres précédents, franchement favorables ou défavorables à l’astrologie (en nombre de résultats) selon la recherche effectuée (jusqu’aux quatrième et cinquième pages de résultats), les pages favorables / défavorables à l’astrologie sont ici presque en nombres égaux à partir de la troisième page. Que doit-on en conclure ? La recherche ajoutant le terme « critiques » est-elle plus équitable que celle ajoutant le terme zététique ? Non si on revient aux chiffres de Gérald Bronner (datant de 2014) : seulement 1% des internautes va au-delà de la troisième page de résultats, on ne peut l’oublier.
Second constat : cette recherche propose pas moins de 5 résultats renvoyant à la critique de la critique sceptique, contre un seul avec le terme zététique. Cette recherche permet tout de même d’avoir à la fois accès à des critiques de l’astrologie et à des réponses par les astrologues. Enfin, quand celles-ci ne sont pas seulement des protestations.
Troisième constat : plus surprenant (on n’y pense pas forcément) l’ajout du terme « critiques » fait ressortir (mais à partir de la quatrième page) certaines des critiques que les astrologues s’adressent entre eux. C’est une autre composante, moins connue alors que très présente dans le milieu astrologique, de l’analyse critique de l’astrologie.

Conclusions

Nous arrivons à la fin de ce dossier où on a pu constater que, comme on le craignait, les recherches Google à terme unique sur astrologie, horoscope et zodiaque ne permettent pas d’obtenir les ressources qui seraient nécessaires pour construire rapidement un jugement éclairé. Pas parce que j’aurais un parti pris sur la question mais parce que les avis défavorables sont inexistants (horoscope) ou quasi-inexistants.

Avec « astrologie », la même recherche conjointe à « zététique » permet aujourd’hui (qu’en sera-t-il plus tard ?) d’avoir accès, au contraire, à des avis défavorables à l’astrologie. Cette recherche ne peut donc être considérée comme valable si, comme moi, vous avez un avis préconçu et négatif sur la question. Mais pas seulement.
En effet, la zététique n’est pas le club des anti-astrologie, elle n’est pas non plus un courant de pensée ou un mouvement social (pas encore en tout cas !). La zététique est une méthode qui permet de mettre en place les meilleures conditions pour se faire un avis sur une question qui dépasse celui des opinions pour / contre n’importe quel sujet. Se référant à la méthode scientifique et intégrant les questions (non intuitives) du hasard, des biais et des erreurs, elle accentue l’importance de la preuve, c’est à dire d’un critère qui va au-delà des expériences personnelles, donc des témoignages de chacun, aussi nombreux soient-ils. En cela, les analyses zététiques ont l’avantage d’être beaucoup moins subjectives que les analyses des tenants, ce qui n’est pas une lapalissade, justement, quand on est du côté des tenants.
Car la zététique vise moins à convertir les esprits (dans quel but ???) qu’à les rendre autonomes, capables de formuler des analyses critiques par eux-mêmes. Libre à eux, ensuite, de conserver une croyance ou la rejeter. Rien n’interdit non plus à des zététiciens de critiquer la zététique, ce que l’on observe bien rarement car, étant une méthode, on critiquera les applications de la zététique et leurs conséquences. Or, les zététiciens sont sensibilisés aux nuisances des applications extrêmes de la pensée critique : nous insistons sur la question du respect de chacun. La zététique ne doit pas devenir un instrument au service de ses propres rancoeurs, au risque d’être alors aveuglé et soumis au biais de confirmation ou à l’attention sélective, au même titre finalement que les personnes ou les croyances critiquées.

C’est pourquoi, personnellement, je n’hésite pas (et vous encourage même à l’avenir) à joindre le terme zététique à vos recherches sur des affirmations bizarres, mystérieuses, voire extraordinaires. Au moins aurez-vous accès de suite à des analyses pointant les faiblesses de telle ou telle affirmation. Au-delà d’orienter votre regard, cela vous permettra aussi de faire le tri plus rapidement si, dans un second temps, vous lancez une recherche sans « zététique » pour avoir accès à des arguments favorables. Vous serez alors surpris du résultat…

J’ai d’ailleurs fait l’expérience rapidement avec une recherche Google avec mots clés « horoscope zététique » et le résultat est sans appel : aucun avis favorable en faveur des horoscopes sur les 60 premiers résultats (26 janvier 2017). Par contre, de nombreuses explications désacralisées des « succès » des horoscopes qui permettront, lors d’une seconde recherche, de décrypter autrement les arguments favorables aux horoscopes. Et de constater notamment, comment leurs défenseurs tombent dans les pièges les plus évidents.

Serge Bret-Morel, le 26 janvier 2017

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