3/5 : Astrologie et astronomie dans la saga Harry Potter (l’astronomie)

Je continue de répondre aux questions de Loan Tan, du site d’Air & d’Encre, suite à ma conférence « Astrologie et astronomie dans la saga Harry Potter : J.K. Rowling a-t-elle pratiqué l’astrologie ? » donnée le 9 février dernier au Play Azur Festival de Nice en compagnie d’Arnaud Thiry (Astronogeek).

3/5 : L’astronomie dans Harry Potter (compléments)

 

A la lecture des ouvrages de la saga Harry Potter, force est de constater que l’astronomie est présentée de façon assez déroutante pour le passionné d’astronomie que je suis. Les satellites de Jupiter ont l’air d’avoir retenu l’attention de J.K. Rowling, la pédagogie du par cœur aussi, l’astronomie dans HP est surtout une astronomie « cosmographique », d’observation, si l’on préfère. Aujourd’hui l’astronomie est pourtant devenue une astro-physique pour laquelle on ne peut éviter ni la question des causes physiques ni l’histoire de la discipline, points clés à mon sens de toute pédagogie dans le domaine.

Une scène du cinquième tome de la saga se déroule pendant l’examen d’astronomie de la fin de la cinquième année, donnant accès à certaines questions posées aux élèves. Elles sont un peu surprenantes…

Mais vous êtes-vous rendu compte que les prénoms de plusieurs membres de la famille Black renvoient explicitement à des étoiles ou des constellations astronomiques ? Tout comme le mot de passe des Gryffondor, le nom du professeur d’astronomie, etc. ?

Retrouvez tous ces détails de la saga Harry Potter dans la troisième partie de notre dossier, publiée sur cette page d’Air & d’Encre. Ci-dessous, je développe plus longuement deux points un peu techniques et seulement abordés dans l’autre page :

  • quelques fascinants paradoxes découlant de la vitesse finie de la lumière
  • les raisons pour lesquelles je me suis trompé sur deux points lors de ma conférence.

La zététique étant intimement liée à la vérification des sources, mes erreurs me sont apparues en (re)vérifiant… mes propres sources utilisées il y a maintenant presque neuf ans !

La vitesse finie de la lumière / le cerveau dans la boite

Dans la saga Harry Potter, les quelques mentions des cours d’astronomie manquent la dimension physique de la discipline. Or, celle-ci a permis de mettre à jour des paradoxes passionnants, comme je l’explique ci-après, ce sont des pépites sur le plan pédagogique.

(…)

Et que dire des paradoxes découlant simplement de la vitesse de la lumière ? Si vous observez par exemple Jupiter, Mars et Saturne lorsqu’elles sont proches les unes des autres sur la voûte céleste, celles-ci restent si lointaines de nous que la lumière met plusieurs minutes pour nous arriver de leur surface. Cela signifie que vous voyez en fait Mars, Jupiter et Saturne telles qu’elles étaient il y a quelques minutes. Première remarque : on ne voit jamais un astre tel qu’il est « au moment où on le regarde », au sens propre de l’expression. C’est le paradoxe 1.0.

Mais combien de minutes faut-il à la lumière pour nous arriver depuis ces planètes ? Nous passons à la version 1.1 du paradoxe : selon les positions respectives de Mars et de la Terre dans le système solaire, la lumière met entre 3 et 20 minutes pour nous parvenir de la planète rouge. C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, on ne peut pas commander en direct un robot explorant la planète. S’il arrive au bord d’un gouffre, il faut plusieurs minutes pour que l’information nous arrive PUIS plusieurs minutes encore pour lui ordonner de s’arrêter… trop tard !

Or, la lumière met environ 45 minutes pour nous parvenir de Jupiter et 80 de Saturne, voyez-vous venir le paradoxe 2.0 ? Quand vous regardez Mars, Jupiter et Saturne, proches sur le ciel étoilé, vous les voyez telles qu’elles étaient à des moments différents dans le passé !

Ceci est contraire à notre vécu quotidien sur Terre où les objets sont si proches qu’on les voit à peu près tels qu’ils sont à un moment t dans notre champ de vision (même la Lune nous est visible telle qu’elle était il y a un peu plus d’une seconde). Ce n’est donc pas vrai des planètes et… on approche du paradoxe 3.0 : logiquement, les décalages temporels (si je puis dire) augmentent au fur et à mesure qu’on s’éloigne de notre système solaire. Si Mars, Jupiter et Saturne apparaissent donc juste à côté de la Lune et d’une étoile alors…

…vous voyez La Lune telle qu’elle était il y a un peu plus d’une seconde et les planètes telles qu’elles étaient par exemple, il y a 10 minutes pour Mars, 45 minutes pour Jupiter et 80 minutes pour Saturne !

Mais vous voyez aussi les étoiles telles qu’elles étaient… il y a des années !

Et même, parfois, bien des années !

Sauf exception peut-être, aucune de nos intuitions ne nous a jamais préparés à un tel paradoxe avant qu’on n’envisage sérieusement que la vitesse de la lumière est finie. N’est-ce pas, là, un bon moyen de prendre conscience de la distinction entre nos perceptions et la réalité ?!

Plus les objets sont éloignés de nous, plus nous les voyons tels qu’ils étaient loin (et même très loin) dans le passé. Quand vous levez les yeux au ciel, vous ne voyez déjà pas les étoiles telles qu’elles sont aujourd’hui mais telles qu’elles étaient il y a au moins plusieurs années. Or, comme avec Mars, Jupiter et Saturne, les étoiles se situent à des distances très variées de nous et cela implique que le paradoxe décrit tout à l’heure est accentué quand on l’applique aux étoiles. On ne perçoit jamais la voûte céleste telle qu’elle était à un moment t dans le passé, c’est la version 4.0 du paradoxe !

Certaines étoiles se situent à quelques années-lumière de nous quand d’autres se trouvent à plus de 1000 : on le constate bien dans la vidéo de la partie précédente montrant en quoi une constellation est d’abord une anamorphose !

La voûte céleste que nous percevons n’est pas un tout mais, en fait, une mosaïque de points qui nous ont envoyé leur lumière à des moments très différents. Notre cerveau crée de toutes pièces une image à partir d’une perception qui est la même que ce que donneraient effectivement des étoiles qui composeraient un objet / groupe autour de nous. Mais la réalité ne correspond pas à cette reconstitution.

Ces problématiques découlent d’une problématique plus large, celle du cerveau dans la boite (crânienne) présentée avec humour par la Tronche en Biais : nous n’avons accès à l’extérieur de nous-mêmes en tant que cerveau que par l’intermédiaire des câbles nous reliant aux organes qui, eux, peuvent accéder à notre environnement. Et ces problématiques sont fondamentales quand on s’intéresse à la zététique, au scepticisme scientifique qui prend du recul, par exemple, par rapport aux évidences et pièges de l’intuition. Donc ses erreurs.

En astronomie, les paradoxes comme celui que je viens de décrire sont légions (on en parle encore quelques secondes dans cette vidéo récente sur l’excellente chaîne Youtube d’Hugo Lisoir, dédiée à ce sujet) et c’est ce qui la rend si belle et si fascinante.

 

Il me semble important, dans le cadre d’une approche pédagogique, de jouer sur ces composantes ludiques qui créent même, parfois, des vocations ! Elles sont totalement absentes des aventures de Harry Potter.

Les autres références à l’astronomie sont donc à découvrir ici : d’Air&d’Encre.

(…)

Deux erreurs présentes dans ma conférence (et leur explication)

A partir d’ici, cher Loan, il faut que je vous remercie pour vos questions car elles me donnent l’occasion de faire un peu de zététique de terrain, et même un peu d’autocritique. Lors de la conférence à laquelle vous avez assisté, j’ai expliqué que J.K. Rowling demandait à ses élèves d’utiliser leurs télescopes pour retrouver une constellation et j’ai qualifié cela d’erreur de débutant. En effet, cela équivaut à « chercher » un arbre à l’aide d’un microscope. Afin d’être précis dans mes réponses à vos questions, je suis allé revérifier la chose dans le texte et… ne l’ai pas retrouvée ! A aucun moment J.K. Rowling ne fait dire à Harry Potter qu’il doit retrouver une constellation à l’aide de son télescope. Je me suis donc trompé.

Comment ai-je pu moi-même commettre cette erreur ? En zététique, la capacité à vérifier des sources est fondamentale, pour plusieurs raisons.

Parce que certaines personnes déforment sciemment des informations pour défendre leurs convictions (politique, religieuses, etc.) ou pour emporter l’adhésion d’autrui à certaines idées et leur vendre, par exemple, quelque chose. Il est donc bon d’aller à la source des dites informations pour vérifier qu’elles n’ont pas été déformées volontairement.

Elles peuvent, aussi, avoir été mal comprises, amplifiées ou réutilisées en faisant confiance à une autre source qui, elle-même, les avait déformées ou mal comprises (l’éternel problème de la rumeur).

Or, il ne faut pas minimiser une autre source d’erreurs, encore : notre mémoire. En effet, lorsque vous brassez par exemple un grand nombre d’informations, notamment au cours d’une recherche de grande ampleur, il se passe souvent un certain temps entre la découverte d’une information et sa retranscription finale. Or, vous allez manipuler un grand nombre d’autres informations entre ces deux moments. C’est pourquoi, lors de la rédaction finale, nous travaillons sur des brouillons ou des notes et n’avons plus forcément en mémoire tous les détails du contexte de chacune des informations initiales. Il m’est arrivé plusieurs fois par exemple, en reprenant de vieilles sources à la fin d’une enquête, de ne plus pouvoir les considérer avec mon regard initial. Si nous ne remontons pas systématiquement à nos propres sources, nous risquons des faux-souvenirs dus à nos opérations de synthèse car nous aurons relié, finalement, des souvenirs plutôt que des informations !

Ce serait une sorte de « biais de réutilisation tardive » dont sont certainement victimes bien des chercheurs en herbe. Ou bien lors de conversations pendant lesquelles on ressort de vieux souvenirs sans prendre / avoir le temps d’aller vérifier l’état de l’art. Mais combien de personnes répondent à un long mail de mémoire et vous font dire (de bonne foi) ce que vous n’avez jamais écrit ? Simplement parce que, dès lors que le sujet est important pour eux, ils mêlent leurs émotions à ce que vous avez écrit ?

Encore le problème du cerveau dans la boite ! Je pense que c’est ce qui m’est arrivé avec cette histoire de constellation que Harry aurait dû retrouver à l’aide d’un télescope, alors que J.K. Rowling ne l’a jamais écrit.

Vous allez mieux comprendre quand j’aurai redonné le contexte de mon travail. Vous avez assisté à une conférence que j’ai, certes, donnée en février 2019, mais elle était une version raccourcie de celle que j’ai donnée sur ce sujet en décembre 2017 (avec moitié plus de temps) et dans laquelle cette erreur était déjà présente. Or, son contenu était tiré d’un plus vaste dossier que j’ai rédigé en… 2010. Dans celui-ci, j’écrivais

« l’examen de fin d’année (T5 chap 31) est pour le moins surprenant puisqu’il est demandé aux élèves d’utiliser leurs télescopes pour repérer des planètes… visibles à l’œil nu. Ou pour pointer des constellations alors qu’un télescope grossit tellement qu’il n’offre au regard qu’un tout petit champ d’observation du ciel ». Astrologie, astronomie et arts divinatoires dans la série Harry Potter (J.K. Rowling a-t-elle pratiqué l’astrologie ?)

En reprenant maintenant le tome 5 des aventures de Harry Potter, je ne trouve que ceci :

« les élèves (…) inscrivaient la position précise des étoiles et des planètes observées »

puis, six lignes plus loin,

« Au moment où Harry achevait d’indiquer la constellation d’Orion sur sa carte, les portes du château (…) »

Il n’y a rien d’autre !

Il est donc écrit d’un côté que les élèves doivent utiliser leurs télescopes et, ailleurs, qu’ils notent la position précise des étoiles (composant les constellations), mais rien sur l’usage d’un télescope pour repérer une constellation.

Quelles ont été mes deux erreurs ? La première, en 2010, a été de ne pas aller relire dans le texte le passage de l’examen pratique d’astronomie alors que mon dossier traitait de ce sujet mais aussi de l’astrologie et des arts divinatoires en général (lesquels apparaissent peu dans ma conférence). Le contenu était vaste. J’aurais bien sûr dû aller vérifier mais j’imagine que, après des semaines de recherches dans le texte, cela me sortait un peu par les yeux. Ma seconde erreur aura été tout simplement… de me faire confiance à neuf années d’intervalle. N’étant pas zététicien à l’époque, ceci explique-t-il cela ?

La zététique c’est aussi être précis dans le maniement des sources auxquelles on se réfère, au risque même (la preuve) de se désavouer soi-même. L’erreur est humaine et il est toujours bénéfique de comprendre les mécanismes ou les raisons d’une erreur afin qu’elle ne se reproduise plus.

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Tant que j’y suis, j’ai expliqué lors de ma conférence que les cours d’astronomie se déroulaient en cinquième année, d’où mon étonnement alors que le télescope se trouve déjà dans les fournitures scolaires de la première année. Or, en retournant dans les textes à l’occasion de ce dossier, je vois qu’il y a trace d’un examen d’astronomie à minuit en fin de troisième année… On lit aussi dans le premier tome que, en première année,

« Chaque mercredi soir, ils observaient le ciel au télescope et apprenaient les noms des étoiles ainsi que le mouvement des planètes ».

Mea culpa, again ! Heureusement, tout cela n’avait que peu d’importance dans mon enquête.

Rappel : tous les détails de l’astronomie dans Harry Potter sont présentés ici, sur d’Air&d’Encre.

Loan Tan : nous venons d’aborder les cours d’astronomie à Poudlard, mais qu’en est-il de l’astrologie ? Comment est-elle représentée dans les tomes de la saga ?

4/5 L’astrologie dans Harry Potter