4/5 : Astrologie et astronomie dans la saga Harry Potter (l’astrologie)

Je continue de répondre aux questions de Loan Tan, du site d’Air & d’Encre, suite à ma conférence « Astrologie et astronomie dans la saga Harry Potter : J.K. Rowling a-t-elle pratiqué l’astrologie ? » donnée le 9 février dernier au Play Azur Festival de Nice en compagnie d’Arnaud Thiry (Astronogeek).

4/5 L’astrologie dans Harry Potter, première partie

Dans la quatrième partie de ce dossier, nous nous attaquons au sujet principal et posons la question de la présence de l’astrologie, mais surtout de la forme que prend sa présentation, dans la saga Harry Potter. Sur le site d’Air&d’Encre, vous pouvez trouver mes réponses aux deux premières questions de Loan Tan.

Loan Tan : Nous venons d’aborder les cours d’astronomie à Poudlard, mais qu’en est-il de l’astrologie ? Comment est-elle représentée dans les tomes de la saga ?

C’est l’occasion de rappeler ici que les astrologues se sont émus depuis longtemps de plusieurs correspondances troublantes entre certains choix de J.K. Rowling et les symbolismes de l’astrologie.

La cérémonie de répartition n’est-elle pas une forme de nouvelle naissance lors de laquelle le Choixpeau magique détermine la future Maison d’un élève de Poudlard selon… certains traits de sa personnalité qui rappellent étrangement les quatre éléments astrologiques ?

Et puis, pourquoi donner des dates de naissance à plusieurs dizaines de personnages, sachant que seules deux ou trois d’entre elles auront un rôle à jouer dans l’intrigue ?

Pourquoi, enfin, donner à certains personnages des traits de caractère si proches des descriptions de leurs signes astrologiques ?

14 Potter RowlingLoan Tan : La saga présente deux professeurs de divination : le professeur Trelawney et le centaure Firenze. Quels aspects de l’astrologie représentent-ils ? Quels messages J.K. Rowling fait-elle passer de la divination à travers eux ?

Dans la saga Harry Potter, quatre temps biens distincts sont consacrés, d’une certaine manière, à la divination.

Le premier d’entre eux recouvre la rencontre entre Harry et le Centaure Firenze, dont le peuple a l’habitude de lire les signes du destin dans le mouvement des planètes…

Le second temps, bien plus dense, est celui de la troisième année pendant laquelle un nouveau et inénarrable professeur, Sibylle Trelawney, initie les élèves à différentes divinations.

 

(une scène inédite)

Il est étonnant de voir le nombre d’arguments sceptiques que J.K. Rowling va formuler à travers le personnage d’Hermione !

Tout ceci est donc à lire sur le site d’Air&d’Encre où se trouvent les réponses aux premières questions concernant L’astrologie dans Harry Potter.

4/5 L’astrologie dans Harry Potter, seconde partie

 

Loan Tan : Peut-on supposer que J.K. Rowling est sceptique envers l’astrologie ?

Le troisième temps occupe tout un tome de la série car, en quatrième année, Trelawney va littéralement initier ses élèves à la pratique de l’astrologie ! Lors du premier cours, elle leur explique ainsi qu’il faut

« être capable de comprendre la chorégraphie des danses célestes [pour] pouvoir connaître la destinée humaine en déchiffrant la façon dont les rayonnements planétaires s’interpénètrent ».

On reconnaitra, là, un bel effet puits où des images sont mêlées à des domaines très différents les uns des autres mais chargés affectivement, pour donner l’impression d’une cohérence générale et… profondément signifiante. Alors que l’ensemble ne rime à rien. Une présentation poétique ou romantique des choses, mettant en avant des critères subjectifs, est donc très propice à l’effet puits. J.K. Rowling s’en amuse d’ailleurs tout au long des tomes 3 et 4.

A l’occasion de ces cours d’astrologie, et contrairement peut-être à l’astronomie, on voit que J.K. Rowling a bien travaillé le sujet car elle va évoquer plusieurs pratiques et plusieurs techniques de prédiction astrologiques. Or, le sujet est si complexe techniquement, qu’il est bien difficile de ne pas commettre d’erreurs de débutant dès qu’on entre un peu dans le détail. C’est de la sorte, aussi, que j’ai voulu déterminer si elle avait pratiqué, ou non, l’astrologie.

  • Au premier cours, Trelawney demande aux élèves de positionner les planètes de naissance dans un zodiaque vide : on procède exactement de la sorte quand on débute en astrologie. On peut ajouter que Harry et Ron vont utiliser à la main des éphémérides astronomiques lors d’un devoir d’astrologie ! Tout comme avant l’avènement de l’informatique dans le domaine, un peu avant les années 2000 : le souvenir d’une expérience personnelle de J.K. ?

Ephemerides

  • Une configuration astrologique Mars / Saturne (probablement un transit) chez Harry implique « risque de mort violente pour les personnes nées en juillet ». Or, à ce moment de l’histoire, tout le monde sait déjà qu’il doit participer à une terrible épreuve dans laquelle il risque de se faire tuer par un dragon. C’est déjà arrivé à d’autres élèves dans le cadre du tournoi des trois sorciers ! Le présage est donc probable par définition tout en étant irréfutable : ce n’est qu’un « risque » (un « à moins que » déguisé, en somme) !
    Or, s’appuyer sur des événements déjà en cours de réalisation est une pratique courante chez les astrologues qui, la plupart des temps, prédisent à courts termes et ne se rendent pas compte du procédé. Cela a deux conséquences : ils ont connaissance du contexte dans lequel ils prédisent (ce qui facilite tout de même grandement les choses) ; le court terme rend aussi la prédiction plus probable si la période prévue couvre des jours ou des semaines entières dans un avenir proche. Une prédiction aveugle de contexte à dix ou vingt ans est bien plus risquée et tombe en général très loin des événements réels qui vont se produire vraiment. Les exceptions ne sauvent pas l’astrologie.
  • Pendant tout le quatrième tome, J.K. Rowling évoque des techniques astrologiques de natures très différentes : thème de naissance, aspects (angles) et maisons astrologiques, dominantes planétaires, symbolismes astrologiques des planètes.

On remarque aussi qu’elle ne prévoit jamais à partir des déplacements du Soleil. Pour l’ex-tenant de l’astrologie que je suis, il est vraiment étonnant que J.K. Rowling ne commette jamais une seule erreur dans le maniement de ces techniques. C’est quelque chose de tellement remarquable qu’on peut légitimement se demander si elle n’a pas pratiqué, au moins un peu, l’astrologie.

Précisons aussi qu’il n’y a jamais de prosélytisme dans ce quatrième tome des aventures de Harry Potter. J.K. ne prend jamais le risque d’aborder vraiment les questions touchant à l’astrologie de naissance qui, auprès d’un jeune public en pleine découverte de soi, risqueraient de devenir subversives. Au contraire, la discipline étant enseignée par Trelawney, la caricature reste de mise ! J.K. Rowling continue, en somme, d’être sceptique.

Viking runesQuoique ! En effet, si Hermione reste la plus sceptique, sa position est bizarrement favorable à trois techniques de divination qu’elle étudie avec un autre professeur. La numérologie, l’arithmancie et les runes conservent son estime, elle les trouve vraiment « difficiles » à étudier. Le zététicien que je suis ne peut que tiquer sur ce détail, sachant que ces divinations n’auront aucun rôle à jouer dans l’intrigue générale. Or, je remarque que toutes trois renvoient au maniement des chiffres et on appelle « intimidation mathématique » le fait d’utiliser quelques courbes, pourcentages et autres résultats statistiques pour renforces des conclusions qui n’en découlent pas forcément. Cela produit toujours un grand effet sur des personnes qui ont peu de compétences mathématiques.

J.K. Rowling, qui était professeur de français, a-t-elle été un peu victime de cette intimidation mathématique par les chiffres ? Ce n’est qu’une supposition gratuite mais, sauf nouvelle erreur de ma part, à aucun moment ces divinations ne sont critiquées, contrairement à toutes les autres évoquées dans la saga. Mieux, Hermione est même heureuse que soit enfin publiée La nouvelle théorie de la Numérologie !

Mais, dans un quatrième (et dernier) temps nous allons assister à un retournement de présentation de l’astrologie ! En effet, le tome cinq voit un changement de direction à Poudlard et l’installation progressive d’un pouvoir au relents fascistes que J.K. Rowling dénonce (évidemment) presque à chaque page. C’est dans ce contexte que le professeur Trelawney est renvoyé pour… incompétence ! Mais cela a pour conséquence qu’elle se voit remplacée par un professeur qui n’est autre que Firenze, le Centaure croisé à la fin du premier tome. Comme c’est Dumbledore qui l’impose, il n’aura pas à prouver sa compétence…

Il n’empêche que, tout à coup, la classe de divination à l’atmosphère d’encens et à l’ambiance jusque-là si feutrée, fait place à un véritable planétarium dans lequel vont être immergés les adolescents. Firenze rappelle alors que selon lui

dans le ciel « est écrit, pour ceux qui savent lire, la destinée de nos espèces (…) il est possible d’avoir un aperçu de l’avenir » dans le mouvement des planètes.

Et, tout à coup, J.K. donne résolument une dimension philosophique à l’astrologie qui, pour le Centaure, n’est nombriliste et fataliste que dans la bouche de Trelawney,

une illustration parfaite des « sottises que racontent les humains ». De si majestueux mouvements ne peuvent pas renseigner sur « ces petites blessures, ces minuscules accidents que subissent les hommes » au quotidien. Ces derniers « ne sont que des fourmis pour l’univers, dont le grouillement ne le concerne pas directement et n’est donc en rien affecté par les mouvements des planètes ». L’astrologie ne doit pas servir « à dire la bonne aventure », elle permet de « déceler les grandes marées du mal », ce que l’on peut contrecarrer par l’action de… « brûler certaines herbes » et « observer des fumées ».

Est-ce là une ironie de J.K. ? Il semble que oui, comme elle l’écrit sur le site Pottermore :

« Nous devons parler des centaures
Les quadrupèdes fiers vivant dans les forêts ont une pratique de la divination totalement distincte, qui fait moins de demandes extravagantes – et en tant que telle est beaucoup plus solide, « mieux assise sur ses pieds ». (Ou devrait-il s’agir de sabots.) Lorsque Firenze intervint pour remplacer Sybill Trelawney en tant qu’instructeur en divination, il critiqua son prédécesseur, décrivant la bonne aventure comme une folie humaine – une « absurdité qui flatterait soi-même » – et ridiculisant l’astrologie comme un mythe idiot, suggérant que les affaires de l’humanité intéressent autant le cosmos que celle des fourmis en furie.
Cela étant dit, Firenze était tout aussi susceptible de formuler des affirmations exagérées, vagues et sans fondement. Que le monde sorcier soit dans une accalmie entre les guerres était un peu évident, et ses rituels de feu, de suave et de sauge semblaient tout aussi ersatz que ceux de Trelawney. Cependant, contrairement à Trelawney, Firenze a au moins admis qu’aucune prophétie n’est infaillible. »
Pottermore : en défense de la divination.

J.K. a donc un avis critique à donner aussi sur les positions de Firenze. Selon lui, l’astrologie concerne tout de même le plan collectif :

Mars, messager des batailles, annonce la reprise prochaine des hostilités en brillant de tous ses feux au-dessus de nos têtes. Mais il est aussi « idiot d’accorder trop de foi à ces choses-là, car les centaures eux-mêmes se trompent parfois dans leurs interprétations ».

Et le zététicien que je suis remarque alors que si le cosmos est, d’une part, indifférent aux fourmis que nous sommes chacun d’entre nous, il ne l’est pas d’autre part de l’avenir de notre fourmilière. Pourquoi donc ? N’y a-t-il pas, ici, contradiction ?

C’était, là, le tout dernier passage de la saga consacré à l’astrologie mais, un peu plus loin, la sceptique Hermione s’interroge sur l’avenir des cours de divination. Nous avons alors une sorte de synthèse des événements précédents :

« En parlant de centaures, dit Hermione lorsqu’elle eut retrouvé un peu de son sérieux, qui est professeur de divination, maintenant ? Est-ce que Firenze va rester ?
– Il est bien obligé, répondit Harry, les autres centaures ne veulent plus de lui.
– Apparemment, Trelawney et lui vont enseigner tous les deux, dit Ginny.
– J’imagine que Dumbledore aurait bien voulu se débarrasser de Trelawney pour de bon, commenta Ron qui en était à son quatorzième Chocogrenouille. Si vous voulez mon avis, c’est cette matière qu’il faudrait supprimer. Firenze n’est pas tellement meilleur qu’elle…
– Comment peux-tu dire ça ? s’indigna Hermione. Alors qu’on vient de s’apercevoir qu’il existe de véritables prophéties. »

La sceptique Hermione vient donc de changer d’avis sur un point et rejoindre, finalement, celui de Dumbledore sur ce sujet. De plus, il semble que les deux astrologies, pourtant incompatibles d’une certaine manière, coexisteront à Poudlard. Comme dans le monde réel, au passage, où coexistent déjà des astrologies totalement incompatibles.

Il reste qu’il est très étonnant de voir J.K. Rowling se référer à des techniques astrologiques très différentes sans jamais commettre la moindre erreur. Pour avoir pratiqué l’astrologie il y a bien longtemps, je peux vous dire que cela suggère fortement une familiarité qui dépasse la simple documentation sérieuse. Il me semble qu’il y a un minimum d’entraînement qui transparaît là.

Loan Tan : La saga Harry Potter prend indéniablement place dans un monde de magie et de sorciers. J.K. Rowling aborde même un bon nombre de sujets plus ou moins magiques transmis entre initiés. Sachant que la magie tient part de l’imaginaire, il est fort peu pensable que J.K. Rowling l’ait pratiquée, alors pourquoi vous demander si elle a pratiqué l’astrologie ?

5/5 J.K. Rowling a-t-elle pratiqué l’astrologie ?

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