Table ronde (podcast) : science et pseudosciences, qui croire quand on n’est pas spécialiste ?

Le 7 février 2016, j’ai eu le plaisir de participer à l’événement LyonScience par le biais d’une table ronde consacrée au thème annoncé ci-dessus. J’en remercie encore les organisateurs !

De nombreux problèmes techniques ont plus que retardé la mise en ligne de l’enregistrement qui en fut tiré mais j’ai finalement réussi à trouver la solution pour monter le fichier audio et le voilà enfin disponible à l’écoute sur le site de Podcastscience !

Ayant fort apprécié le contenu des échanges, le sujet étant plus vaste qu’il n’y paraît, j’ai marqué ci-dessous les grandes lignes de certaines interventions et retranscrit / commenté certaines d’entre elles [entre crochets].

Vous pouvez ainsi avoir accès au podcast via les questions qui vous intéressent le plus.

En vous souhaitant bonne lecture / écoute !

—–

Les participants (dans l’ordre d’arrivée) :

  • Alan VONLANTHEN : modérateur, co-organisateur de l’événement et créateur de Big Bang Science Communication
  • Alexandre MOATTI : chercheur associé à Paris VII en histoire des sciences, travaille sur la question de l’alterscience, cet ensemble de discours / théories portés par des idéologies qui ont en commun d’instrumentaliser la science. L’alterscience n’est pas de la pseudoscience, on y reviendra.
  • Béatrice KAMMERER (alias madame Déjantée) : gère le site Les vendredis intellos (partage de lectures et de savoirs dans les domaines de la parentalité, éducation et périnatalité).
  • Serge BRET-MOREL : l’auteur du site internet ici présent, secrétaire de l’Observatoire Zététique (au moment de l’enregistrement).
  • Paul SOMBRENARD : de Controverscience (vulgarisation scientifique), étudiant en histoire, philosophie et sociologie des sciences

—–

Le lien vers le podcast : Podcastscience, épisode 284.

Les questions et le timing :

  • (3min56) 1ère question : dans le titre de cette table ronde (science et/ou pseudoscience, qui croire quand on n’est pas spécialiste ?), est-ce que le mot croire est approprié ?
  • (7min10) 2nde question : ces dernières années, le web a complètement bouleversé l’accès aux canaux de diffusion, n’importe qui maintenant peut émettre un discours, être entendu de partout, est-ce à celui qui fait le plus de bruit ? Comment on s’en sort pour savoir si un discours est scientifique ou pas, si une information est fiable ou pas ?
  • (17min10) 3e question : question référencement, Google nous profile et a tendance à faire remonter en premier les informations dont on est friand. Comment passer d’un univers de pseudoscience à un univers scientifique, y a-t-il des passerelles ? Sommes-nous complètement cloisonnés, confortés dans nos positions ? Par exemple, peut-on sortir de l’astrologie (question à Serge Bret-Morel) ?
  • (19min26) 4e question, qui en découle : comment as-tu pu tomber dans l’astrologie alors que tu avais l’esprit formé à te poser des questions ? As-tu une formation scientifique à la base ?
  • (20min26) 5e question, idem : dans ta tête, tout était cohérent, il n’y avait pas de conflit ?
  • (23min36) 6e question : dans le public, penses-tu [Béatrice] qu’on n’est pas prêt à entendre la réponse « je ne sais pas » quand on cherche une opinion tranchée ? On n’est pas encore équipé pour ça ?
  • (26min04) question du public : concernant l’astrologie, est-elle une pseudoscience, une alterscience ?
  • (28min28) question en provenance de la table : est-ce que la science est toujours exempte de croyance (même dans l’élaboration des hypothèses scientifiques) ?
  • (30min49) question venant de la table : un étudiant en master d’histoire et philosophie des sciences travaille actuellement sur la question « l’astrologie a-t-elle été une science ? ». Cela peut paraître relativiste mais à un moment donné l’astrologie était présente dans les instituts et les gens n’avaient pas les moyens pour déterminer si ça ne marche pas ou si ça marche.
  • (37min22) question venant de la table : la question des limites, comment reconnaître, qui croire entre les spécialistes ?
  • (41min40) question du public : confrontée à énormément de croyances, plus la croyance est forte plus il y a des motivations d’identité, d’incertitudes, d’insécurité, ce qui pousse à se raccrocher fort. Avec l’évolution des sciences sociales, voire la zététique et tous les biais cognitifs qu’on connait maintenant, pourquoi y a-t-il des croyances aussi fortes ? Peut-on traiter la cause ? Un rapprochement avec les sciences cognitives ?
  • (46min16) question identitaire qui suit la précédente : est-ce qu’on perd son identité à partir du moment où un discours est déconstruit ? Personne n’aime se faire traiter de con (ou d’obscurantiste), y a-t-il un moyen d’analyser un discours de manière élégante ?
  • (48min30) question du public : est-il vraiment nécessaire de déconstruire et pas [seulement] d’accompagner la personne ? On est des êtres humains psycho / sociaux / spirituels et la croyance a parfois une grande importance.
  • (52min54) dans le public : en se remettant à la place du soignant, par exemple dans un service prenant en charge des personnes gravement brûlée. Il est arrivé que des patients nous demandent si on connait quelqu’un qui est coupeur de feu, ce qu’on en pense, est-ce qu’il peut intervenir ? Si ça fait du bien, après tout, pourquoi s’en passer ?
  • (57min04) début du temps de conclusion, y a-t-il des choses dont on n’a pas parlé ?
  • (1h00min00sec) on termine avec les questions qui n’ont pas été posées : responsabilité de la communauté scientifique dans le domaine de la vulgarisation + la question des storytelling.

—–

(3min56) 1ère question : dans le titre de cette table ronde (science et/ou pseudoscience, qui croire quand on n’est pas spécialiste ?), est-ce que le mot croire est approprié ?

  • Oui la question peut se présenter de la sorte pour les personnes qui n’ont pas la culture scientifique ou qui s’aventurent dans des domaines dans lesquels ils ne sont pas compétents. Se pose alors la question de la confiance dans les « spécialistes »
  • Mais le terme pseudoscience mérite aussi d’être discuté dans le sens où il peut être utilisé (indépendamment de la nature d’une discipline) dans le cadre d’une stratégie visant simplement à disqualifier le discours de l’interlocuteur [un exemple de la technique de l’homme de paille]. Il faut peut-être éviter ce terme comme d’autres, par exemple l’obscurantisme, dans le sens où cela empêche parfois d’aller approfondir / étudier certains travaux [seulement parce qu’ils n’auraient pas de valeur alors qu’il y a d’autres angles d’examen possibles que celui du vrai / faux. Tout l’état d’esprit de mon travail actuel sur la croyance astrologique !].

(7min10) 2nde question : ces dernières années, le web a complètement bouleversé l’accès aux canaux de diffusion, n’importe qui maintenant peut émettre un discours, être entendu de partout, est-ce à celui qui fait le plus de bruit ? Comment on s’en sort pour savoir si un discours est scientifique ou pas, si une information est fiable ou pas ?

  • Dans les grands médias (articles, livres), ce n’est pas toujours évident (effets d’annonce) car il faut aller rechercher par soi-même les sources dans des articles très pointus. Mais on n’a pas toujours les compétences pour les comprendre / vérifier par soi-même. Premier problème : trouver les sources. Second problème : chercher de l’aide, c’est-à-dire trouver le contact qui aura les compétences requises. C’est l’une des fonctions des sites de vulgarisation scientifique.
  • Quelle valeur donner aux auteurs ? Les premiers résultats de recherches par Google sont hallucinants, les commentateurs sont mieux référencés que les auteurs (« sérieux »). De plus, pour ce qui est des pseudosciences, on ne peut pas trouver la même personne de référence en passant d’une pseudoscience à une autre. Il y a donc plusieurs « qui » et plusieurs « quoi ».
  • Il faut parler du mot « idéologie », trop souvent présente dans les pseudosciences (créationnisme, climato-scepticisme, etc.). Attention au réductionnisme scientifique façon « il faut raisonner ogm par ogm ». Une solution au problème est de chercher à détecter les personnes qui mettent des faits en avant en réussissant par la même occasion à mettre de côté la démarche scientifique. Les faits / résultats ne suffisent pas, la démarche est très importante.
  • Parle-t-on de la recherche d’information ou de la valeur des intervenants ? Google met déjà à disposition de nombreux outils qui permettent de vérifier / trier dans l’information. La chaîne Youtube Hygiène Mentale propose par exemple de petites vidéos très efficaces qui permettent de découvrir et s’initier à l’utilisation d’outils simples comme la recherche par image (pas seulement par texte) ou par date (pour remonter aux sources des chaînes de recopiage). L’objectif est ainsi de permettre l’autonomie aux personnes. Une autre manière de reconnaître les discours douteux est de se familiariser avec certains outils rhétoriques et se rendre capable de détecter des biais, ce que présentent les livres de zététique. De plus, les auteurs donnent-ils leurs sources ou sont-ils eux-mêmes la seule source ? Certains sites internet sont aussi connus pour ne faire que du recopiage d’information sans vérification des sources. Filtrer l’information consiste aussi à connaître ces sites.

(17min10) 3e question : question référencement, Google nous profile et a tendance à faire remonter en premier les informations dont on est friand. Comment passer d’un univers de pseudoscience à un univers scientifique, y a-t-il des passerelles ? Sommes-nous complètement cloisonnés, confortés dans nos positions ? Par exemple, peut-on sortir de l’astrologie (question à Serge Bret-Morel) ?

  • On peut trouver une réponse longue à cette question sur le site de Scepticisme scientifique (épisode N°318), mais la question de la preuve est devenue pour moi fondamentale et ne l’était pas quand j’y croyais. Je ne pratiquais pas pour expliquer le monde mais pour aider autrui, j’ai eu de nombreux deuils à faire.

(19min26) 4e question, qui en découle : comment as-tu pu tomber dans l’astrologie alors que tu avais l’esprit formé à te poser des questions ? As-tu une formation scientifique à la base ?

  • Je suis tombé dedans avant de me former scientifiquement, je faisais des thèmes astraux sur les bancs de la fac scientifique sans que cela me pose de grands problèmes. J’ai traversé mon cursus scientifique sans me rendre vraiment compte de toutes les questions épistémologiques qui se posaient vraiment. Après, j’ai fait un cursus en philo et terminé en histoire et philosophie des sciences [et je regrette de ne pas avoir dit, à ce moment-là, que c’est la philosophie qui m’a permis de prendre de la distance par rapport aux calculs et aux simples faits !].

(20min26) 5e question, idem : dans ta tête, tout était cohérent, il n’y avait pas de conflit ?

  • On trouve des raisons pour éviter certaines questions : si cela n’est pas prouvé, ce sera plus tard. De plus, je n’allais pas ou très peu prendre connaissance des avis contraires.
  • Il ne faut pas toujours rapporter les pseudosciences à des questions expérimentales, des sciences exactes, les sciences humaines sont concernées aussi. Exemple avec de la sociologie très médiatique. Exerçons notre discernement aussi de ce côté-là.
  • Mais la demande sociale c’est aussi d’avoir des opinions très tranchées [réductions des nuances dans les points de vue]. Or ce n’est pas toujours possible, notamment pour les connaissances qui sont en train de se construire (besoin de titres racoleurs alors que recherches en cours]. Les acteurs de la médiation doivent entendre cette demande sociale de savoir comment faire leurs choix car leur demande est légitime mais ce n’est pas forcément la science qui va pouvoir y répondre. Par exemple pour des choix de vie.

(23min36) 6e question : dans le public, penses-tu [Béatrice] qu’on n’est pas prêt à entendre la réponse « je ne sais pas » quand on cherche une opinion tranchée ? On n’est pas encore équipé pour ça ?

  • Dans le public assez particulier des éducateurs, des parents, où la demande est très importante, c’est tellement dur d’assumer ses décisions quand les opinions ne sont pas tranchées / tellement plus facile quand les opinions sont tranchées !
  • Pour revenir sur la question de la méthode, quand on gratte un peu on trouve des choses qui sont perturbantes. Science ou pseudoscience ? Sur une question de méthode, on a un exemple historique l’opposition de Newton à Leibniz où ce dernier serait plus proche de ce qu’on entend par « une bonne science » sur certaines conceptions épistémologiques. Leibniz : les forces à distance c’est occulte, ce n’est pas légitime et pourtant cela s’est imposé. Mais les théologiens avaient aussi acquis certaines capacités d’abstraction. Or, par rapport au référencement Google [sélectif], la question se pose pour « comment passer d’une science à une pseudoscience ? » mais elle se pose aussi, sociologiquement, pour « comment passer d’un parti politique à un autre ? ». Socialement, les choses sont souvent aussi très tranchées, les gens se regroupent sur internet comme ils le font dans la vie réelle. Mais l’objectif des scientifiques, des vulgarisateurs, des médiateurs, c’est justement d’essayer de franchir ces barrières.

(26min04) question du public : concernant l’astrologie, est-elle une pseudoscience, une alterscience ?

  • C’est une pseudoscience pour tous les astrologues qui la décrivent comme une science car elle a des fondements virtuels, une organisation sociale virtuelle, tout est virtuel, rien n’est vérifiable, les expérimentations ratent.
  • C’est la question idéologique qui fait la différence, en astrologie (comme en homéopathie) il ne semble pas que l’idéologie soit très présente [finalement, le terme « idéologie » n’est pas si évident qu’il en a l’air].

(28min28) question en provenance de la table : est-ce que la science est toujours exempte de croyance (même dans l’élaboration des hypothèses scientifiques) ?

  • Exemple avec Pavlov et l’idéologie communiste de l’URSS amenant à créer la technique d’accouchement sans douleur basée sur le conditionnement. Le pape a dû expliquer qu’il était d’accord avec la technique mais pas avec l’idéologie qu’elle sous-tendait, il y a des rapports extrêmement complexes dès lors que la connaissance arrive dans l’espace public et que les citoyens [peuvent s’en emparer].
  • Sur l’aspect idéologique, le scientifique en a en partie besoin, exemple en biologie moléculaire dure où, par exemple, on peut travailler sur des vers toute la journée, faire des manip qui présentent plein de biais, etc. et entendre le chef du laboratoire rappeler qu’on n’est pas si loin, grâce aux vers, de trouver des solutions sur le vieillissement (alors que même en pratique son travail en est loin, mais il a besoin d’y croire.

(30min49) question venant de la table : un étudiant en master d’histoire et philosophie des sciences travaille actuellement sur la question « l’astrologie a-t-elle été une science ? ». Cela peut paraître relativiste mais à un moment donné l’astrologie était présente dans les instituts et les gens n’avaient pas les moyens pour déterminer si ça ne marche pas ou si ça marche.

  • C’est une source d’incompréhension dans les débats car les astrologues ne comprennent pas pourquoi l’astrologie a eu ce statut pendant des siècles (avant la révolution scientifique / copernicienne) et ne l’a plus aujourd’hui. Mais le statut de science n’est plus le même que ce qu’il a été, la notion évolue, ce pourquoi ce n’est pas parce que l’astrologie a eu le statut de science que la question est réglée une fois pour toutes. Quelque part, la question « l’astrologie est-elle une science ? » est une mauvaise question car, « a-t-elle été une science ? » et « l’est-elle encore ? », ce qui permet de répondre beaucoup plus facilement (et voir tous les critères qu’elle ne remplit pas).
  • Et les pseudosciences mondaines / académiques (provocation 😉 ) ? Il faut parler de sociologie des sciences. Quand on va jusqu’au bout du fait que la science est une construction sociale, on en arrive dans toutes les idéologies à des discours expliquant que la science est au service du régime. Même dans les milieux académiques ont entend des choses comme « c’est parce que Newton était alchimiste qu’il a construit sa théorie de la gravitation » : cette « causalité » gêne, n’est pas évidente.
  • A propos des critiques faites aux sciences sociales, même si on sort un peu du sujet abordé, l’aspect idéologique n’est pas évident à caractériser. La science est-elle au service d’un régime ? De la société ? Bien sûr, d’un certain point de vue, la science c’est aussi une histoire, une épistémologie, ce que la science devrait être est différent de ce que la science est.
  • Mais ne raisonner qu’avec la doxa « la science est une construction sociale » et ne raisonner que de la sorte conduit à des biais.
  • A propos de l’importance du social, cela renvoie aussi au concept didactique de transposition didactique : le savoir savant est d’abord produit avec des personnes (processus sociaux) puis il est dépersonnalisé, décontextualisé, ce qui fait la force de la connaissance scientifique. Lorsqu’on écrit un article, il est censé devenir universel, ne plus être lié une personne ou un moment t. Quand il est médiatisé, il va subir la transposition didactique et changer de forme, être recontextualisé, changer d’environnement.

(37min22) question venant de la table : la question des limites, comment reconnaître, qui croire entre les spécialistes ?

  • Un critère qui peut permettre de faire la différence [entre les personnes peu sérieuses et celles] qui sont scientifiques ou au moins s’assurent de leurs sources, c’est la conscience de leurs propres limites. Ce que l’on ne retrouve pas, ou rarement, dans les pseudosciences, et cela peut être l’objet de questions très gênantes. Par exemple dans un article écrit quand j’étais encore astrologue, je posais des questions comme « quelles sont les limites de l’astrologie ? » et, pire, « qu’est-ce que l’astrologie ne peut pas interpréter ? ». Je n’ai jamais eu de réponse, c’est une des questions interdites. La question des limites peut donc être un critère de jugement : la personne donne-t-elle ses sources mais parle-t-elle aussi des erreurs qu’elle a dépassées, de la question des biais ? Cela permet d’en arriver à la question de la déontologie.
  • C’est la question du contexte, comment en suis-je arrivé à mes connaissances ? Il y a quelques critères précis qui définissent ce que la science est ou n’est pas. La science prête le flanc à la critique, elle s’expose quand elle présente ses résultats.
  • Persévérance et vitupération caractérisent les personnes au système de pensée fermé, hostiles à toute discussion. Exemple avec le suaire de Turin, à l’aumônerie de l’école polytechnique : « la science se doit de douter » mais ils ne doutent pas un seul instant de leur argument pseudoscientifique (« le carbone 14 ça ne sert à rien »). Il y a un double discours demandant à la science de douter mais en ne se l’appliquant pas.
  • Il y a d’ailleurs des époques pendant lesquelles les théologiens s’affrontaient sur le sujet.
  • La question du conditionnel peut peut-être permettre de déceler un discours pseudoscientifique : souvent, quelque chose est présentée comme vraie « parce qu’il est tout à fait possible que » et « on pense que » et « il est probable que ». Or, à chaque fois qu’il y a un conditionnel, on perd la chaîne de raisonnement et la chaîne d’assurance [il faut se méfier de ce genre d’argumentation].

(41min40) question du public : confrontée à énormément de croyances, plus la croyance est forte plus il y a des motivations d’identité, d’incertitudes, d’insécurité, ce qui pousse à se raccrocher fort. Avec l’évolution des sciences sociales, voire la zététique et tous les biais cognitifs qu’on connait maintenant, pourquoi y a-t-il des croyances aussi fortes ? Peut-on traiter la cause ? Un rapprochement avec les sciences cognitives ?

  • Dans le champ de l’éducation, il y a beaucoup de vulgarisation de découvertes en neurosciences qui visent à éclairer des choix éducatifs.
  • Dans les équipes pédagogiques il n’y a pas toujours ces connaissances, il y a aussi une pression groupale pour intégrer les mêmes schémas, références croyances. Il peut y avoir des réactions violentes de rejets des personnes nouvelles qui arrivent et posent des questions « pourquoi ? », « comment ? » qui sont vécues comme une agression. Il ne suffit pas de mettre des faits sous le nez de quelqu’un, y a-t-il des approches dans les sciences sociales qui permettraient d’aider en douceur les gens et leur permettre de poser des questions
  • Il faut distinguer entre les résistances au changement (zones de confort / aller vers l’inconnue [de la nouvelle connaissance]) et ce que l’on doit faire des découvertes en neuroscience avec un côté extrêmement visuel (IRM). Mais l’IRM n’est pas une photographie du cerveau, ces images ne sont pas vraiment des faits.

(46min16) question identitaire qui suit la précédente : est-ce qu’on perd son identité à partir du moment où un discours est déconstruit ? Personne n’aime se faire traiter de con (ou d’obscurantiste), y a-t-il un moyen d’analyser un discours de manière élégante ?

  • On peut renvoyer ici vers les zététiciens de la chaîne Youtube La Tronche en Biais et qui traitent des limites du debunkage. Le fait déconstruire certaines choses ne permet pas forcément d’entamer un dialogue, d’où une autre vidéo renvoyant vers l’entretien épistémique.
  • Les zététiciens sont souvent des personnes des sciences exactes, il me semble qu’il y a un manque du côté des sciences humaines, cela manque de psychologues zététiciens.

(48min30) question du public : est-il vraiment nécessaire de déconstruire et pas [seulement] d’accompagner la personne ? On est des êtres humains psycho / sociaux / spirituels et la croyance a parfois une grande importance.

  • Peut-on réfléchir à une méthodologie adaptée à accompagner les gens ? Les sciences sociales vont d’abord chercher à expliquer plus qu’à agir sur. Or, les « sciences sociales appliquées » ça s’appelle de la politique. Passer du « on a peut-être trouvé un truc » à comment l’appliquer, il y a un véritable changement de registre. Exemple avec la perception du risque dans la science liée, notamment, à la question du progrès. Dès qu’il y a un manque de confiance, il faut ensuite des gens pour militer, militer est peut-être ce qui fait qu’on passe des sciences sociales aux sciences appliquées [les découvreurs ne peuvent pas être, en général, ceux qui vont faire en sorte que leurs découvertes soient appliquées par et à la société].
  • Garder une forme d’intégrité est séduisant, la démarche scientifique admettant que des faits sans théorie ça ne veut rien dire, on remonte assez rapidement à la théorie et à la croyance. Exemple avec le gêne de l’autisme. Pour débunker ce lien, il faut comprendre bien la notion de gêne, remonter à Mendel, puis voir ce que cela a apporter à la théorie darwinienne, donc aller jusqu’à Darwin et, à ce moment-là, vous heurtez la croyance religieuse de quelqu’un. Il est séduisant de dire « debunkons les faits sans toucher aux théories, aux croyances » mais dans la démarche scientifique la théorie est éminemment liée aux faits.

(52min54) dans le public : en se remettant à la place du soignant, par exemple dans un service prenant en charge des personnes gravement brûlée. Il est arrivé que des patients nous demandent si on connait quelqu’un qui est coupeur de feu, ce qu’on en pense, est-ce qu’il peut intervenir ? Si ça fait du bien, après tout, pourquoi s’en passer ?

  • Le critère a été celui du choix de la personne, avant celui du critère scientifique et il y avait des résultats de temps en temps, ça faisait du bien aux personnes (diminution du stress, donc de la douleur). Dans cette situation, l’objectif n’était pas de déconstruire mais d’accompagner. [cela explique comment, si on contextualise la chose, la présence de coupeurs de feu dans les hôpitaux peut être décidée sur des critères relevant de la gestion du stress puis, dans un second temps, être détournée par des médias ou des tenants. Cette seule présence dans les hôpitaux devient parfois un argument du statut scientifique de certaines pratiques qui ne le sont pas alors qu’elles peuvent y avoir été admises en connaissance de cause… de leur non scientificité]
  • Un micro-exemple qui pose un peu question où « les croyances ont peut-être pu aider la progression de la science », les transfusions sanguines. Aux Etats-Unis, des chirurgiens ont développé des techniques de chirurgie pour éviter d’avoir à recourir à ces transfusions parce que la question de la croyance est considérée différemment là-bas par rapport à son statut chez nous. On peut se nourrir de plein de choses.
  • Le chemin de la sortie de la croyance est éminemment complexe, cela touche à des domaines très différents, on ne sort pas tous de la même façon de la croyance, et si j’aime déconstruire c’est aussi parce que « chacun est sur son chemin ». On ne va pas se poser les questions dans le même ordre, je pense qu’on ne peut pas arriver à avoir une approche globale d’une croyance pour pouvoir la déconstruire. Après, chacun ses compétences, accompagner je ne sais pas faire, je suis plus dans déconstruction, et il y a aussi le fait que quand on déconstruit on ne détient pas la vérité je ne voudrais pas me substituer à une autre autorité [ce n’est pas, là, une approche relativiste mais la crainte de voir remplacé un argument d’autorité par un autre seulement « parce que je déconstruis »].

(57min04) début du temps de conclusion, y a-t-il des choses dont on n’a pas parlé ?

  • Dans le cadre des pseudosciences, on idéalise la connaissance et même les savants, qui deviennent des surhommes ou qu’on se représente selon l’image d’Epinal du chercheur qui travaille seul dans son coin. De même, on idéalise aussi les anciens et on insiste sur le fait qu’avec le temps ils ont eu le temps de bien tout vérifier. Mais on oublie alors qu’ils n’avaient pas du tout la même méthodologie que maintenant et, aussi, que les anciens étaient des hommes comme les autres.
  • La forme actuelle des débats, avec notamment l’omniprésence d’internet, fait que se pose la question de la présence, qui peut prendre la forme d’un rapport de force, mais il n’empêche qu’il faut être présent. Or, cela pose la question de la participation de la communauté scientifique à ces débats publics [quand ce sont « seulement » des médiateurs ou des vulgarisateurs qui représentent la science face aux spécialistes de telle ou telle pseudoscience].

(1h00min00sec) on termine avec les questions qui n’ont pas été posées : responsabilité de la communauté scientifique dans le domaine de la vulgarisation + la question des storytelling.

—-

Cette année, pour Lyonscience 2017 (le dimanche 2 avril), j’animerai la table ronde intitulée « La société de la post-vérité et des faits alternatifs ?! »
Liste des intervenants en cours d’établissement mais sont déjà certains : Thomas, de la Tronche en Biais et François, de Primum non nocere et Mathilde Larrère.

Publicités